samedi 25 juin 2011

LES CINQ PREMIERS JEUDIS

Demandés par Jésus à Alexandrina


La Vierge Marie avait demande à Sœur Lucie de Fatima que l’on pratique la dévotion des cinq premiers samedis de chaque mois.
À Balasar, c’est Jésus Lui-même qui demanda à la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa, la dévotion des CINQ PREMIERS JEUDIS DU MOIS.
La mission d’Alexandrina était une mission essentiellement eucharistique et donc il était “normal” que cette dévotion, elle aussi essentiellement eucharistique, lui soit demandée.
Il n’y a guère besoin d’explications supplémentaires, car les paroles de Jésus sont très claires et bien simples…
Mettons-nous à l’œuvre, pour le salut de nos âmes, tout en rendant à Jésus un hommage sincère et filial.

“ÉCRIS TOUT CE QUE JE DIS...”

« Mon enfant,... fais que Je sois aimé... »

― Mon enfant,... fais que Je sois aimé, consolé et réparé dans mon Eucharistie. Dis, en mon Nom, qu'à tous ceux qui, remplis d'une sincère humilité et d'un fervent amour, feront, pendant les cinq premiers jeudis de cinq mois consécutifs, une bonne communion, et passeront une heure d'adoration devant mon Tabernacles, intimement unis à Moi, Je leur promets le Ciel.
Dis aussi à tous qu'à travers l'Eucharistie ils honorent mes saintes Plaies... Qu'au souvenir des mes Plaies, ils unissent celui des Douleurs de ma Très Sainte Mère. A tous ceux qui demanderont des grâces spirituelles ou corporelles, Je promets de les exaucer, à moins que celles-ci portent préjudice au salut de leurs âmes. Au moment de leur mort ma Très Sainte Mère viendra avec Moi, afin de les défendre...[1]

« Courage, ma fille... »

Courage, ma fille, courage, épouse si chère ! Offre-moi ta douleur, offre-moi ton martyre, ta croix sans pareille. Tu n'est pas seule sur celle-ci, comme je te le fais sentir : je suis avec toi et veille sur toi, ainsi que ma Mère bien-aimée. Te souviens-tu comment Elle t'est apparue dans la nuit du 16 au 17 en Immaculée Conception, titre que toi tu aimes tout particulièrement ? Elle est venue te réconforter, sans que tu le voies, Elle est venue veiller sur toi, comme une mère empressée veille auprès de son enfant endormi. Elle est venue te câliner et te couvrir de son manteau. Et toi, tu n'en a pas parlé dans le Journal que tu as dicté : je ne veux pas que tu agisses ainsi.

Avec une grande tristesse je Lui ai dis :

― Pardonnez-moi, mon Jésus : j’ai douté de moi-même, je craignais qu'il ne s'agisse que d'un rêve. O combien j'en suis attristée ! Si Vous me réprimandiez pour mes péchés, je ne serais pas davantage attristée.

― Je ne te réprimande pas pour tes manquements : ceux-ci sont permis par moi; mais je te réprimande parce que je veux que tu dises tout ce qui se passe en toi: c'est pour le bien des âmes.[2]


[1] Journal du 25 février 1949.
[2] Journal du 20 mai 1949.

vendredi 24 juin 2011

LE RÔLE DE LA VICTIME

« Ne penser qu’à Lui, ne parler que de Lui, tout souffrir pour Lui... »

J’aimerais vous dire tant de choses, mais je ne le peux pas. Jésus et la Petite-Maman vous le diront pour moi. Ils vous feront comprendre combien mon âme souffre, afin que vous ayez compassion de moi. Demandez et faites demander que du ciel me vienne toute la grâce et la force dont j’ai besoin.

Combien d’anxiétés, de tristesses, d’amertumes ; combien d’abattement dans ma pauvre âme ! Tout ce que je fais qui puisse déplaire à Jésus, je le fais involontairement. J’aimerais tout souffrir avec la plus grande perfection et avec le plus grand amour ; je n’aimerais pas blesser Jésus. Plutôt l’enfer, mille et mille fois.

Mais, mon Père, je vous le dis avec la plus grande franchise et vérité : je veux et je ne le peux pas ; je ne trouve rien de bien en moi, rien de vertueux, aucun amour pour Jésus ; je ne suis que misère, rien que misère.

Comme je serais contente si j’aimais mon Jésus et si je pouvais lui donner que de l’amour !
Dans toute cette misère que je sens en moi ne restent que le désir et une volonté très forte de ne vouloir vivre que pour Jésus, ne parler que de Lui, ne penser qu’à Lui, tout souffrir pour Lui.

Croyez, mon Père, que ceci est la réalité ; ne faites pas comme moi qui semble ne pas croire à ce que je dis.

Le démon m’en fait des bonnes !... Combien il me fait souffrir ! Combien il est méchant !

Je ne sais rien de vous, mais je sens que vous souffrez, et pas seulement pour l’interdiction de me confesser. Cette souffrance et toutes les autres dont je suis la cause, même si involontairement, forment le calvaire auquel vous avez fait allusion...

À toute la communauté mon remerciement et mes salutations. Merci pour la lettre écrite avec tant de bonté et pleine de paroles de réconfort pour me stimuler. Quand pourrez-vous venir à Balasar ? J’ai plusieurs lettres auxquelles je dois répondre, mais je ne le ferai pas sans un conseil de votre part...
——
(Bienheureuse Alexandrina Maria da Costa : Lettre du 9 avril 1945 au Père Umberto Pasquale.)

jeudi 23 juin 2011

MOMENTS DE LA PASSION

27 mars 1942

Le vendredi saint, 27 mars 1942, Jésus m’a dit :
— Ne crains pas, ma fille ; tu ne seras plus crucifiée ; la crucifixion que tu souffres est des plus douloureuses que l’histoire a pu enregistrer. [1]

— Ne me dérobez pas vos forces, Jésus, afin que je puisse décrire de la meilleure manière possible ce que j’ai souffert pendant la sainte Passion. Que votre protection et votre amour ne me manquent pas non plus à cette pauvre créature que je suis. Que tout soit pour votre plus grande gloire et pour le salut des âmes.

Mes yeux semblaient ne pas voir l’approximation de la passion. Mon abattement m’épouvantait ; l’abandon dans lequel je me trouvais semblait me conduire à la sépulture. Quel tourment ! Devoir lutter contre un monde sans vie! Votre Vie et votre Amour sont descendus sur moi, j’ai entendu votre Voix, douce et tendre :

— Ma fille, amour de Jésus, courage ! Ne crains pas. Le chemin du calvaire est presque terminé. Allons, viens, traverse les dernières épines : des blessures causées par ces épines sortiront des sources de salut. Les âmes ont besoin de tout. Jésus est heureux de ta crucifixion ; Il trouve en toi toute la réparation que l’on peut trouver sur la terre. Courage ! Jésus, avec sa Mère bénie, nous ne t’abandonnerons jamais.

J’ai cheminé vers le Jardin des Oliviers. Dans un total abandon, je remémorais vos douces paroles, lesquelles, pendant un certain temps, sont restées gravées dans mon cœur. Ensuite, à cause des coups et des mauvais traitements de la part de l’humanité, tout a disparu. Et, dans le Jardin des Oliviers, toute seule, dans un profond silence, dans la plus grande obscurité, moribonde, je cherchais à me cacher pour toujours, comme, si la terre aurait pu m’occulter à la justice du Père éternel.

Mon Dieu, mon Dieu... combien je me sens seule !

Pas la moindre brise ne soufflait. Même les feuilles des oliviers restaient immobiles, bien que les branches se courbassent jusqu’à terre en signe d’adoration.

O douleur, ô agonie de Jésus, ô amour de Jésus pour les âmes !

Mes souffrances, ô Jésus, ne m’appartenaient point ! Elles n’étaient qu’à vous, rien qu’à vous, mon Jésus.

J’ai suivi les étapes de la Passion ; ici et là je tombais écrasée par la souffrance. Très souvent j’ai invoqué : “Jésus, Petite-Maman, donnez-moi de vos forces afin que les miennes se ressourcent”.

Merci, Jésus ! Avec vous j’ai résisté.

Lors de la flagellation, protégée par votre divin Cœur, j’ai vu devant moi les bourreaux tenant en main des fouets pour châtier mon corps. À l’ombre de votre divin amour, je ne les craignais pas. Au couronnement d’épines j’ai vu entrelacer d’aiguës épines et fabriquer le casque, afin qu’il soit enfoncé sur ma tête. Je me suis élancée sur le chemin du Calvaire, sans vitalité suffisante pour arriver jusqu’au bout. Je ne pouvais pas avancer davantage : les forces m’abandonnaient petit à petit. J’ai été clouée sur la croix : à chaque coup de marteau je m’évanouissais. Le Calvaire s’était obscurci. On n’entendait plus que les soupirs de la chère Maman, étouffés par les blasphèmes : je les ressentais plus que ces derniers dans mon cœur.


[1] La dernière Passion physique soufferte par Alexandrina eut lieu le vendredi précédent, fête de Notre-Dame des Douleurs.
      La vénérable sœur Barbara de Saint Dominique est passée en trois ans de la nuit des sens à celle de l’esprit (Vie, pages 229 à 230). Elle souffrit les horreurs de l’esprit, subissant toutes les semaines les tourments de la Passion du Sauveur jusqu’à être crucifiée avec Lui et à exhaler son dernier soupir.
Alexandrina entra dans la nuit des sens vers 1937. A partir de 1938 elle souffrit la Passion physique du Seigneur jusqu’à fin mars 1942. Pendant ce temps-là les fiançailles mystiques se consumèrent. A partir de mars 1942 et jusqu’à sa mort (en 1955) elle souffrit la Passion intime et traversa la nuit de l’esprit, pendant laquelle le mariage mystique se réalisa (1944).
Sainte Angèle de Foligno  explique: « La transformation de l’âme en Dieu a trois modes d’accomplissement. La première transformation unit l’âme à la volonté de Dieu (union de conformité), la seconde l’unit avec Dieu (union mystique et fiançailles), la troisième en Dieu et Dieu en elle (union mystique et mariage).
La première transformation est une imitation de Jésus-Christ crucifié, car la croix est une manifestation de la volonté divine.
La seconde transformation unit l’âme avec Dieu. Son amour n’est plus seulement alors un acte de sa volonté; car la source est ouverte, la source des sentiments immenses, la source des immenses délices; cependant il y a encore place ici pour la parole et la pensée.
La troisième transformation fond tellement l’âme en Dieu et Dieu en elle, qu’à la hauteur immense où le mystère s’accomplit, les paroles meurent avec les pensées: celui-là sait ces choses qui les sent ». “Visions et Instructions” - Éditions Christiana - STEIN AM RHEIN; Suisse.

mercredi 30 mars 2011

UNE LETTRE

30 mars 2011 - jour anniversaire de la naissance de la bienheureuse Alexandrina

Chère Alexandrina,
Quand je lis tes écrits, ton “Journal spirituel”, il me vient une grande envie de t’imiter, mais je me rends compte que je suis bien loin, trop loin de toi, pour vraiment pouvoir chercher à t’imiter.

Mon quotidien n’est qu’une rivière remplie de détritus, d’immondices, de péché : ma misère est plus grande que moi et me submerge.

Que peux-tu faire pour moi ? Comment peux-tu m’aider ? N’as-tu pas pitié de moi, moi qui suis ton petit frère ?

Ô petite sœur, aide-moi ! Aide-moi à fuir le péché et l’occasion de pécher, afin que je marche vers le Seigneur comme toi qui, malgré tant de souffrances, as si bien su le faire.

Ma petite sœur, regarde comme je suis misérable et digne de pitié !

Tu as souffert pour les pécheurs les plus invétérés : est-ce que je faisais déjà partie de ce nombre ?

As-tu souffert pour moi alors que je ne te connaissais même pas ?

Je pense que oui et, je veux te remercier et mon merci ce sera donc de chercher à imiter tes vertus. Mais, même pour cela j’ai besoin de ton aide, car je suis vraiment misérable et trop faible… Ma volonté est comme une éponge : quand elle est pleine d’eau, elle est réconfortée, mais dès que l’eau s’en va, elle se dessèche et devient raide, incapable du moindre mouvement…

Ma petite sœur, je t’écris là, en ce moment… et je ne sais même pas pourquoi je le fais… mais je le fais comme si j’obéissais à une impulsion… Si c’est toi qui me l’inspire, soit remerciée et remercie pour moi le Seigneur qui se sert de toi une fois encore pour me prévenir que je dois rebrousser chemin…

Ce mot “rebrousser”, tu le connais bien : tu l’as entendu souvent de la bouche même de Jésus et toi-même tu l’as prononcé bien souvent à l’adresse de ceux de nos frères qui te visitaient…
Tu sais que je t’aime d’un amour particulier, car je ne me sens bien ― à part quelques fois où l’autre me tire par les pieds ― je ne me sens bien, disais-je, que quand je lis ou traduis tes textes ou quand je parle de toi ou écris sur toi…

Mais, ne serait-ce là encore une “façade”, un arbre qui cache une immense forêt, celle de mon âme qui est triste à en mourir, qui ne sait plus quoi faire, qui se ne sait plus “à quel saint se vouer” ?

Petite sœur du Ciel, aide-moi à vivre en Jésus, de Jésus et pour Jésus, comme toi-même tu l’as si bien fait. Aide-moi à me laver de toute cette gangue qui submerge mon âme, afin que devenu “propre”, je puisse me présenter devant le Seigneur, plein de joie et le cœur plein d’amour…

Comme toi j’ai envie de dire : “Jésus, je ne sais pas combien je vous aime, je ne sais pas comment je vous aime, mais je sais que je veux vous aimer”.

Alexandrina Maria, ma petite sœur du Ciel, prie Jésus pour moi !

dimanche 6 mars 2011

ALEXANDRINA BORDÉE PAR JÉSUS

Texte d'une beauté exquise !

Grande souffrance, triste et pénible. Là, mon Jésus, je ne sais pas exprimer combien je souffre, ne comprends pas telle douleur. Je pleure, pleure toujours la perte de mon corps, la mort de mon âme. À chaque étape je sens dans moi comme qu'une bombe qui va tout exploser. Je tremble terrifiée. Ils ont arrêté dans mes envols ; je suis comme la petite colombe dans l'obscurité, sans apercevoir son chemin, en battant les ailes dans l'air sans pouvoir descendre, sans pouvoir monter, les ailes prises, craignant de tomber désastreusement.

Mon Dieu, qu’en sera-t-il de moi ? Regardez bien ma souffrance, ayez compassion, ayez compassion de quelqu’un que ne confie qu’en Vous.

Ce matin, très tôt, la douleur que je sentais en moi était grande ; grande était la répugnance et la honte que je ressentais de voir que tout le peuple se préparait et attendait de nouveaux événements. Il me semblait voir des groupes ici et là faisant des commentaires. Mon Dieu, le vendredi m’attend ! Quelle peur ! Tout ce que je ressens et vois, Vous l’avez subi Vous-même, mon Jésus. Ce sont Vos souffrances, les souffrances que Vous avez endurées par amour pour moi.

Mes yeux semblent pénétrer dans l'intime de toute la multitude qui occupe les rues. Mon âme sent tout. À côté d'une montagne, près de l’entrée d’une ville, le figuier maudit par Jésus. Plus bas quelqu'un porte une cruche d'eau sur la tête. Il y a des rencontres, on se parle, on se prépare pour de nouveaux événements. J'ai tout vu, tout senti. Oh ! combien je souffrais en silence! Le figuier dont j’ai parlé ci-dessus, j'ai eu l’impression de l’avoir vu vert, rempli de fleurs, alors qu’aujourd’hui il est sec, comme du petit bois pour allumer le feu que j'ai vu la sécheresse vert, fleuri et maintenant, comme le vieux bois pour le feu. Je ne pensais pas à tout cela, bien au contraire, quand je commençais à ressentir ces sentiments de mon âme, je m’efforçais pour me distraire et faire en sorte de ne pas les ressentir. Mes efforts étaient inutiles, car les sentiments de mon âme se ravivaient de plus en plus. Mon effort pour ne rien vouloir ressentir, ce n’était pas pour fuir la souffrance ni la volonté de mon Jésus, mais bien la crainte de me trouver dans la confusion ou que ce soit une illusion de ma part. Je suis convaincue qu’il n’en est rien. Notre Seigneur, qui voyait ma si grande crainte et la peur que j’avais de tromper, ne pouvait pas me laisser enduire quelqu’un en erreur. Nul mieux que Lui sait que je ne veux pas tromper personne.

Les ruses du malin augmentent de plus en plus ; son astuce est de plus en plus raffinée. Il me dit ce qu’il y a de pire. Oh ! mon Dieu, que de choses si laides il me dit! Il blasphème contre Notre Seigneur, L’accuse de tous les maux et fait que je répète tout, ou c’est moi qui crois que je répète tout et ensuite il affirme que c’est moi et me laisse de cela persuadée. Ce n’est que grâce à Notre Seigneur que mon âme et mon pauvre corps, peuvent résister à tout cela. Le cœur, affligé, fait comme un grand bruit, à cause de la crainte de pécher et de dire tant de choses contre mon Jésus. Lors de la dernière lutte, je suis restée presque sans vie. Je murmurais :

— Ô mon Jésus, ô ma Petite-Maman ! Mon Dieu, quelle triste vie que la mienne! Qu’en sera-t-il de moi ?

Je ne pouvais pas bouger et j’avais besoin de soulagement. Jésus est venu et, de ses très saints Mains, Il m’a replacée dans la position que je souhaitais, m’a couverte de caresses et, tel une mère qui se couché auprès de son tout petit pour l’endormir, Il me dit :

— Repose-toi avec Moi. Ta vie n’est pas triste, ma petite fille, c’est une vie de réparation et de sacrifice. Réjouis-toi avec moi, par la consolation que tu me procures. Tu ne pèches pas, non, ma bien-aimée.

Aussitôt j’ai ressenti la paix dans mon âme. Placée tout contre Jésus, bien vite je me suis endormie, couverte par ses caresses, embrasée dans son amour. (Alexandrina de Balasar: Journal spirituel du 7 décembre 1944)

dimanche 6 février 2011

JOURNAL SPIRITUEL - “SENTIMENTS DE L'ÂME”

UNE LETTRE À JÉSUS

Balasar, le 19 février 1942.

Mon bon Jésus,

Je sens mon cœur tailladé par la douleur. Aurez-Vous encore d’autres coups à me porter ? Que votre volonté soit faite. Clouée sur la croix avec Vous, saignant et dans la plus grande agonie, je me vois et je me sens abandonnée. Je ne peux pas vivre dans le monde, j’ai peur.

Jésus, venez vite, venez, emportez-moi au Ciel. Les hommes tente d’écarter de moi, de m’arracher pour toujours ce qui me procurait quelque soulagement, qui pouvait me réconforter. Ils m’ont pris mon Père spirituel, ils lui ont interdit de m’écrire et à moi de ne plus lui envoyer de lettres. Je suis seule au milieu de la tempête et celle-ci ne se calme pas.

Je vous ouvre mon pauvre cœur, Vous seul savez y lire ce qu’y est écrit avec douleur et sang ; Vous seul comprenez et pouvez évaluer ma souffrance. Le monde l’ignore, les hommes n’y comprennent rien. Laissez-moi Vous dire ce que Vous avez dit à votre Père Éternel :

“Pardonnez-leur, mon Jésus, car ils ne savent pas ce qu’ils font !” Ils sont aveugles, il leur manque votre divine lumière : éclairez-les tous et donnez à tous votre amour.

Ô Jésus, tous mes pressentiments se sont avérés exactes. Pourront-ils encore m’interdire de vous recevoir sacramentellement ? Pauvre de moi, cela serait le coup qui m’ôterait la vie, si Vous avec votre divin pouvoir ne me conservez pas la Communion.

Qu’ils disent ce qu’ils voudront, qu’ils fassent ce qui leurs plaira, ce qu’ils ne m’ôteront jamais c’est cette union avec Vous.

Me priver de Jésus sacramentel, oui, je ne doute pas qu’ils le fassent ; ôter de mon cœur le très riche trésor que j’adore, que j’aime plus que toute autre cho-se, le Père, le Fils, le Saint Esprit, cela, jamais, jamais les hommes y parvien-dront : il aurait fallu qu’ils me fassent vivre sans cœur et sans âme.

Impossible ! Que vienne la force du monde entier et que toute cette force se jette contre moi : mais, me séparer de cette grandeur infinie, de cet amour in-fini, cela jamais ! Seul le péché, lui seulement pourrait m’en séparer.

Mais j’ai pleinement confiance en Vous ; c’est de Vous, mon Jésus, que j’attends tout, malgré le ressentir de mon âme arrive presque à me persuader : que je me trompe moi-même : je sens que je ne Vous aime pas, je sens que je ne peux rien attendre de Vous à cause de ma misère qui est si grande.

Quelle confusion que la mienne ! Combien grande est ma détresse !

Soulevez-moi, mon Jésus, aidez-moi, même ainsi clouée à la crois, à monter tout le chemin douloureux du calvaire. À chaque escalier par où je passe, je veux laisser écrit avec le sang que de mes plaies s’écoule :

C’est pour Jésus que je souffre, c’est pour lui donner des âmes que je chemine !

Jésus, Jésus, je ne vois pas le Ciel, tout le bleu du firmament s’est éloigné de moi, je l’ai perdu, on m’a volé ce qui était ma vie. Je ne sens que douleur, je ne sens et ne vois que la mort. Je n’ai pas à qui recourir : ce n’est que Vous et la Mãezinha que je peux appeler.

Pauvre de moi ! Combien de fois à cause de ma souffrance je n’ose même pas Vous regarder !

Écoutez-moi toujours, même quand je ne vous appelle pas ; demandez à la Mãezinha qu’Elle m’aide, donnez-moi toute la force du Ciel !

Tous les bruits que j’entends me rappellent mon Père spirituel. Est-ce lui qui arrive ? Quelle vie d’illusions !

Chaque pensée qui me vient en tête sur mon pénible état, ce sont comme des flèches qui se plantent dans mon cœur, ce sont comme une flagellation qui met en lambeaux mon cœur et mon âme. Quel mal ai-je fait ? Quel crime ai-je commis ?

Ô mon Jésus, si ce n’était pas votre amour, si ce n’était pas cet ardent désir de Vous donner des âmes, je me refuserais à tout cela. J’aimerais Vous aimer beaucoup, ne jamais Vous offenser pour gagner le Ciel, mais je ne voudrais pas — sur la terre — la crucifixion, je ne voudrais point entendre votre douce voix, je n’aimerais pas regarder votre divine Image, ni douloureuse ni glo-rieuse : j’aurais une éternité entière pour Vous contempler et pour vous enten-dre parler.

Pardonnez mes épanchements, Jésus, Vous savez bien que Vous êtes le seul avec qui je peux m’épancher.

Vous avez voulu me choisir pour la souffrance, Vous m’avez destinée à de si grands martyrs, voici votre victime, voici votre esclave, Jésus, faites de moi ce qu’il Vous plaira.

Accordez-moi ta bénédiction, mon Aimé. Dis à la Mãezinha qu’Elle me bénisse et me protège. Je suis ta plus indigne fille, la pauvre

Alexandrina

samedi 15 janvier 2011

LA CONSÉCRATION DU MONDE AU COEUR IMMACULÉ DE MARIE

Lettre à son Directeur spirituel, le Père Mariano Pinjo, sj

Balasar, le 1er août 1935

Vive Jésus !

Mon bon Père

Mon état de santé est si grave que j’ai même du mal à parler. Malgré cela, je ne peux pas laisser passer ce jour sans vous envoyer un petit mot, autant que le bon Jésus voudra bien m’accorder le souffle de vie pour le faire.

Aucun jour ne s’est écoulé sans que je reçoive mon bien-aimé Jésus dans ma pauvre âme. Combien Il est bon pour moi ! Il m’a accordé cette grande grâce alors que je ne la méritais pas : si seulement je savais le satisfaire ! Pauvre de moi, je ne le sais point !

Je ne l’aime pas autant que je le désirerais, ni non plus autant que Notre-Seigneur est digne d’être aimé. J’ai l’impression que tout va se ter-miner ; je ne prie que très peu ! Je n’ai point de force pour le faire. Je me suis confessée au-jourd’hui : je suis restée si frustrée ! J’espère que Notre-Seigneur, par son infinie miséricorde, ne m’abandonnera pas. S’Il est avec moi, je peux tout vaincre, sans difficulté ; ce que je veux c'est beaucoup souffrir, beaucoup, pour mon bien-aimé Jésus : j’aimerais tant qu’Il ne soit plus offensé ! Mais, quel horreur ! Comment est-il possible qu’on l’offense si gravement ? Combien j’ai de chagrin pour mon bien-aimé Jésus !

Le trente, après la Sainte communion, je me sentais très bien avec Notre-Seigneur : je me sentais dans une très grande union avec Lui. Quelques instants après, j’ai entendu qu’Il m’appelait :

― Ma fille, ô ma fille bien-aimée, à quelle hauteur je t’ai élevée, toi l’épouse du Roi sacramen-tel !

Continue, ma fille bien-aimée, ta courte mission : tant que tu vis, prie-Moi pour les aveugles, pour les pauvres pécheurs. Tu en as encore beaucoup à faire venir sur tes chemins. Je suis le chemin, la vérité et la vie, conduis-les-Moi afin que Je sois aimé. Ne Me laisse pas seul un unique moment dans mes tabernacles. Je suis là dans l’attente d’âmes qui M’aiment autant que toi, mais Je n’en vois pas. Je suis si méprisé ! Mais ce n’est pas tout : on m’offense beaucoup ! Aie de la peine pour ton Jésus, mon ange, mon amour ! Guéri par ta réparation cette lèpre si contagieuse.

Dis à ton Père spirituel que, comme preuve de l’amour que tu as envers ma Très-Sainte Mère, je veux que tous les ans soit célébré un acte de consécration du monde entier, lors de l’un des jours de ses fêtes, choisi par toi : Assomption, Purification ou Annonciation, demandant à la Vierge sans tache de péché qu’Elle rende hon-teux et confonde les impurs, afin qu’ils rebroussent chemin et ne M’offensent plus. Comme jadis j’ai demandé à sainte Marguerite-Marie que le monde soit consacré à mon divin Cœur, de la même manière je te demande à toi que le monde soit à Elle consacré, par une fête solennelle.

J’ai senti les caresses de Notre-Seigneur, comme je l’ai déjà explique à Votre Excellence, et Notre-Seigneur me disait encore :

― Ne perds pas de temps pour mettre en œuvre ta mission. Dis-lui tout et lui, il te donnera des ordres.

Aujourd’hui même j’ai reçu la nouvelle de la visite de ma petite sœur de Sertã : combien cela m’a procuré de joie !

Recevez les bons souvenirs de ma mère et de Deolinda. Je vous le dis et vous demande de ne pas m’oublier dans vos prières auprès de Notre-Seigneur ; quant à moi, j’en fais de même.

Bénissez, par charité, la pauvre,

Alexandrina Maria da Costa.