mercredi 19 mai 2021

QUE FONT LES PETITS OISEAUX ?

Quelle belle leçon pour moi !


La journée fut triste, non que je manquasse de paix dans mon âme, Dieu soit loué, mais parce que ma pauvre nature ne pouvait résister plus longtemps. La douleur était immense, l'âme en miettes, tout mon être était un chiffon déchiré fil à fil.

— O mon Dieu, tout ce qui était triste m'est venu à l'esprit.

Petit à petit, je sombrais dans les ténèbres. Quelle peur glaciale ! Je me sentais seule, sans réconfort ni de la terre ni du ciel. Un abandon énorme ! J'ai Jésus, j'ai la Sainte Mère, mais aucun soulagement. Le ciel était couvert de nuages noirs et il pleuvait à torrents. Mais les nuages étaient plus sombres dans mon âme, et la pluie de douleur était encore plus forte. Par la fenêtre, mes yeux ont vu les feuilles vertes des vignes comme si elles souffraient de la rosée fraîche que le ciel leur donnait. Quelle belle leçon pour moi ! Je me suis souvenue et j'ai demandé :

— Que font les petits oiseaux pour délivrer leurs petits enfants de la pluie ? Ils déploient leurs ailes sur eux. Jésus prend soin d'eux, il ne les abandonne pas. Comment Jésus peut-il ne pas prendre soin de moi et de la petite Maman, que j'ai dans l'âme ? Oh ! comme je devrais me réjouir de tout ce que le ciel me donne ! J'ai faim et soif de me donner à Toi, d'accomplir Ta sainte volonté. Peu importe les humiliations et les mépris, je veux sauver des âmes. (Alexandrina Maria da Costa : 19-05-1945)

mardi 18 mai 2021

SUBLIME ÉCOLE DE SOUFFRANCE

 J'étendis mes bras vers Lui, et je l’ai soutenu


— Combien Vous êtes bon, mon Jésus, bien peu Vous satisfait. Vous ne pouvez rien trouver d'autre en moi que des désirs ; mais Vous êtes satisfait non pas de ce qui était à moi, mais de ce qui était à Vous.

— Ma fille, ma chère épouse, sublime école de souffrance et de doctrine divine ! Laisse que le monde vienne à toi pour apprendre, qu'il apprenne de toi l'art de bien souffrir et de M'aimer follement et avec toute la sagesse Me serve. Je suis le mendiant. Je ne te dirai pas comme à la Samaritaine, si tu savais qui te demande à boire, parce que tu sais que je suis Jésus, le mendiant de l'amour, le favori de ton cœur. Mais je te dis : si tu connaissais la valeur de ta souffrance ! Je viens te la demander, j'en suis le mendiant, donne-la-moi pour les âmes.

Jésus parlait mais pouvait à peine parler, à tel point qu'il soupirait ; il allait tomber, et j'étendis mes bras vers Lui, et je l’ai soutenu.

— Jésus, je ne mérite pas de Vous serrer dans mes bras indignes, mais oubliez qui je suis, permettez-moi de Vous soutenir et de Vous serrer contre mon pauvre cœur. Je ne veux pas que Votre très sainte face et Votre corps très saint se trouvent à terre, cela a suffi sur Votre chemin du Calvaire et dans le Jardin avec la vision de ce que Vous alliez souffrir, et qui Vous a conduit à suer du sang.

Pendant que je parlais ainsi, j'ai serré Jésus contre ma poitrine, avec une grande douceur.

— Où sont la consolation et l'amour qu’à l’instant Vous disiez recevoir de moi? Ne pleurez pas, Jésus, je veux pleurer Vos larmes. Pourquoi pleurez-Vous, pourquoi pleurez Vous ?

J'ai pleuré de douleur. J'ai eu l'impression d'élever la voix. Jésus, sans quitter mes bras, me dit :

— Je Me suis montré consolé pour t'encourager et te réconforter afin que tu puisses résister à cette douleur. Je pleure à cause des crimes du monde. Je pleure à cause des pécheurs, je pleure parce qu'il doit être puni sans remède, je pleure quand je vois la justice de mon Père Éternel tomber sur lui. Le monde est ingrat, il est cruel, il défie Sa colère.

— Ô Jésus, prenez les mérites de Votre sainte Passion et les douleurs de Votre chère Petite-Maman, je Vous offre toutes les souffrances du monde, tout l'amour pur, tout ce qui puisse Vous servir de réparation, tout comme Vous me l'avez fait en me le confiant et qu'avec ce qui Vous appartient, je puisse le sauver, je Vous l'offre afin qu'avec Vos mérites et ceux de Petite-Maman il puisse être sauvé. Présenté tout à Votre Père Éternel, apaisez Sa justice, demandez Sa compassion pour nous. (Alexandrina Maria da Costa: 06-01-1950)

COMBIEN VOUS ÊTES BOM, MON JÉSUS

Je sentais battre son divin Cœur


À nouveau le baume m'a encore adouci. Il faisait déjà nuit, j'étais prostrée sur le sol du Jardin en agonie, suant du sang. Je sentais mon cœur uni à la terre dure et, à chaque respiration, il me semblait que des rafales de sang jaillissaient de mon corps, que la terre aussitôt absorbait. Tôt le matin, je sentais que je sortais de prison, de cette prison de Jésus, mais Il ne venait pas avec moi, je venais seule, couverte de coups de pied et poussée dans tous les sens.

Puis je suis montée au Calvaire, mon corps était comme un torchon imbibé de sang qui était traîné d'un côté à l'autre par des cordes et avec le même sang j'ai laissé marquées les pierres du chemin. Douleur de mort, soupirs cachés, pas un mot de regret tout au long du voyage. Sur le Calvaire clouée sur la croix, j'avais l'impression d'haleter sur la poitrine de Jésus et je sentais battre son divin Cœur. Ses gémissements, ses soupirs qui traversaient mon cœur étaient comme des épines tranchantes qui le transperçaient. Un poids écrasant m'anéantissait, le sang coulait sur le Calvaire. J'ai aussi ressenti une grande humiliation de me voir entourée de gens, ce qui a considérablement augmenté mon tourment. Uniquement pour l'amour de Jésus, si ce n'était pas pour Lui, j'aurais voulu être seule. Le silence de la mort vint, elle régna sur le Calvaire. Jésus s'est empressé de revenir avec Sa vie et Sa lumière, Il fit mon âme nager, non pas dans une mer de joie, mais dans la douceur, le confort et la paix.

— Ma fille, ma fille, j'ai faim, j'ai soif, je brûle, viens me désaltérer, viens désaltérer ma soif, viens éteindre ce feu. Ma faim est pour les âmes, ma soif est pour l'amour. Viens, viens satisfaire Mon Divin Cœur, aime-Moi, aime-Moi, fais que beaucoup de cœurs M'aiment, amène-les à Moi.

— Ô mon Jésus, mon Jésus, puisque je suis pauvre, je n'ai rien pour combler Votre faim et mon cœur froid n'a pas d'amour pour Vous aimer ; comment Vous satisfaire ? Donnez-moi, donnez-moi ce qui est à Vous, puis venez à moi pour chercher ce que Vous désirez. Je suis Votre victime.

A ce moment-là, j'eus l'impression que ma poitrine et mon cœur s'ouvraient en grand ; et Jésus retirait de mon cœur à pleines mains je ne sais pas quoi, et tout amassait pour Lui.

— Je suis déjà heureux, ma fille, je suis déjà consolé, ma faim et ma soif sont apaisées. (Alexandrina Maria da Costa: 06-01-1950)

ACCABLÉE DE MISÈRES

Je ne sais pas comment Vous remercier


Où, mon Dieu, sont-ce mes remerciements ? Comment vous ai-je remercié pour tous les bienfaits que j'ai reçus ? Et pourtant Vous m’accordez une autre année de vie, une année de grâces, qui comme les autres sera remplie de Vos bienfaits. Et comme récompense, je Vous ai donné une vie froide, une vie indifférente, une vie morte. Au début de cette nouvelle année, au lieu de me brûler d'amour, de Vous demander pardon et de faire mon possible pour ne plus Vous offenser, j'ai commencé avec encore plus de froideur, d'indifférence, d'ignorance totale, de mort présente et future. Je ne sais pas comment Vous remercier, je ne sais pas comment préserver l'ardent désir de Vous servir et de Vous aimer, je ne garde pas en moi les bonnes résolutions que Vous m'inspirez, ni la lumière divine dont l'Esprit Saint m'éclaire ; je l'étain, je ne la laisse pas briller, je tue tout ce qui est bon en moi, ne laissant vivre que le péché.

Ma mort, mon ignorance, me le laissent sentir, le voir et le comprendre. Oh ! comme je suis accablée par toutes ces misères ! Mon Dieu, comme je suis le poison de toute l'humanité ! Quelle horreur, quelle horreur, quelle douleur mortelle dans mon cœur ! Seule la volonté divine de Jésus sourit en mon âme ; seul sourire, seule consolation et joie. Quel abandon, combien je ne sens seule. Jésus, je suis Votre victime. Je voulais, ou plutôt, je ressens un immense besoin, un besoin infini de parler de grandes choses, de l'amour de Jésus et de la Petite-Maman et de la grandeur des offenses faites à Leurs très saints Cœurs.

Jésus aime, aime, aime, aime, ô combien Il aime ! Et les offenses, nos horribles offenses blessent cet amour, blessent Jésus Lui-même. Et la Petite-Maman, la chère Petite-Maman, est blessée avec Lui, est atteinte avec Lui. Amour, amour, je ne sais pas comment parler de la grandeur de cet amour, mon ignorance m’en empêche. Jésus, ayez pitié de moi. Mes tours[1] semblent perdre la vie avec moi ; le signe de leur existence continue d'être comme de siècle en siècle. Comme les épines qui me font mal sont énormes ! Combien de douleur j'ai à endurer dans le silence et cachée. Une triste date approche, le 7 [janvier], le huitième anniversaire de l'interdiction pour mon père spirituel de venir me voir. Je me suis retrouvée sans guide, sans la lumière pour me montrer le chemin de Jésus. Ce que j'ai souffert ! Seul l'amour de Jésus peut gagner. Triste jeudi ! Au petit-matin, à la première heure, sans le vouloir j'ai pensé au vendredi qui approchait. Mon âme a vu les souffrances qui l’attendaient. La douleur m'a ouvert la poitrine et le cœur. Au-dessus de la douleur vint un baume qui guérissait tout. Il était midi, une nouvelle vision de la souffrance m'est venue. Je ne voyais pas qui, mais je sentais qu'une dure lance avait de nouveau ouvert mon cœur. De la même façon, le baume est venu me guérir si profondément. Une heure s'écoula, nouveau martyre ; je sentis et vis de mon âme comme si ma tête était entourée d'épines pénétrantes ; mon corps fut battu et déchiré et finalement cloué sur la croix. (Alexandrina Maria da Costa: 06-01-1950)



[1] Elle vit, depuis quelque temps les problèmes de l’Eglise représentés par des tours, comme dans Hermas, le Pasteur.

mardi 11 avril 2017

AH ! SI CETTE CHAMBRE PARLAIT !

Ô, combien de choses cachait ce sourie d’Alexandrina !



Alexandrina méditait et cogitais, quand elle était seule dans sa petite chambre. Parfois, sans même s’en rendre compte, elle se posait des questions à elle-même, comme nous allons voir ci-après :

«“Ma chambre bien-aimée, témoin de tant de souffrances et d’amertumes, qu’en serait-il de moi, si un seul moment je perdais la foi et la confiance… Perdre Dieu, plus jamais voir Dieu…”
De temps à autre, même sans y penser, sans réfléchir, c’est le cri qui sort de mon âme. Ne plus jamais voir Dieu, perdre Dieu et le perdre pour toujours ! C’est ce que mon âme ressent et qui l’oblige à crier bien souvent : perdre Dieu, perdre Dieu !
“Ma pauvre âme, combien elle souffre !”» (S. 16-08-1945)

Et, c’est bien vrai : si cette petite chambre pouvait parler, encore de nos jours elle aurait beaucoup de choses à nous dire, beaucoup de révélations à faire à chacun de nous.
Combien de conversions se sont opérées là ; combien de couples se sont unis plus étroitement, quand tout semblait les séparer ; combien d’hommes y ont renoncé à leurs infidélités ; combien de guérisons (surtout spirituelles) eurent lieu dans cette chambre ; combien de prières ferventes y ont été récites et, pour terminer, combien de fois, Jésus et Marie — sans oublier les Saints, Saintes et Anges de Dieu — y sont venus visiter la “Petite malade de Balasar” !
Ah ! si cette chambre parlait !
Le jour de la fête de l’Annonciation à Marie, fut pour Alexandrina un jour terrible ! Mais, laissons-lui le soin de nous le raconter :

«Je continue de me sentir condamnée à l’enfer. Et hier, le jour de la Petite-Maman, fut bien douloureux pour moi, du point de vue souffrance. Je me sentais dans la prison infernale, et attachée avec des chaînes en fer. Le feu, les hurlements des démons, les mauvais traitements, les serpents et toutes les bêtes affligeantes m’entouraient et pénétraient tout mon être. Sans pouvoir me conformer à la perte de Dieu, je sentais un tel désespoir, qui m’obligeais à me révolter contre Dieu Lui-même, à Le maudire, aussi bien qu’à mon Ange gardien, parents et compagnons de péché et les chemins qui m’y menaient ; je me maudissais moi-même, tout le ciel et toute la terre.
Quelle horreur constante !
Je savais que je n’étais digne que de l’enfer, mais je ne pouvais pas me conformer à cette habitation ni la perte de Dieu. Je cachais avec un sourire toute cette souffrance qui n’avait rien à voir avec ce qui se passait dans mon âme. C’est pourquoi mon sourire me semblait fau, menteur, très menteur.
Oh ! triste jour de l’Assomption de la Petite-Maman du Ciel ! J’ai tout offert à Elle et à Jésus, mais le soir venu je n’avais rien à leur offrir. Je désirais tout leur offrir, mais comme je n’avais rien, j’ai demandé que pour Eux on allume une bougie.» (S. 16-08-1945)

“Je cachais avec un sourire toute cette souffrance”.
Ô, combien de choses cachait ce sourie d’Alexandrina !

(Alphonse Rocha : “ALEXANDRINA – le diable et l’enfer existent” ; Chapitre 15)

samedi 8 avril 2017

J'ADORAIS FAIRE DES FARCES !

Une fille comme les autres...


J’aimais beaucoup ma sœur, mais quand je me fâchais avec elle, je lui jetais tout ce qui se trouvait à portée de mes mains. Je me souviens l’avoir fait au moins deux fois. Je veux que ma méchanceté ne reste pas dissimulée.
J’adorais aussi lui faire des farces. Quelquefois, me levant avant elle, je mettais des pièges sur le pas de la porte, pour la faire tomber, comme pour lui dire qu’elle était paresseuse. Des farces de ce genre je lui en fais plusieurs.
Je lui ai même fait de farces de mauvais goût. Un jour, ayant soulevé le couvercle d’un bahut, je l’ai laissé tomber, avec un grand fracas et, ensuite, je me suis mise à crier, comme si je m’étais coincée les mains. Deolinda est venue aussitôt, effrayée et angoissée... Et moi, après coup, je me sentais peinée de l’avoir ainsi offensée. Je n’étais pas non plus rancunière, je préférais plutôt embrasser les personnes qui m'avaient offensée. Malgré tout cela et le fait de grimper aux arbres ― j’y grimpais fort bien ― jamais je n’ai fait de mal aux oiseaux. J’étais incapable de défaire un nid, ou même de jouer avec les oisillons. Je souffrais beaucoup quand je voyais des nids défaits ou quand j’entendais le piaillement triste et douloureux des oiseaux. J’ai même pleuré quelquefois, lorsque je me rendais compte qu’ils avaient perdu leurs petits.

Dans le cocon familial, je ne sais pas ce que je racontais, mais je mettais tout le monde de bonne humeur, j’étais le boute-en-train. Ma mère avait l’habitude de dire, à ce sujet: “Les riches ont leurs bouffons; je ne suis pas riche, mais j’en ai un aussi”. (Autobiographie)

vendredi 7 avril 2017

FAITES-MOI AIMER LA CROIX !

Réjouis-toi, tu le verras au Ciel !


Au commencement du mois d’octobre 1945, Alexandrina dicta pour son Journal ce qui pourrait ressembler à une “plainte”, mais qui est en réalité une prière.

« Oh ! mon Dieu, quelle profondeur et quelle obscurité que celles de mon esprit ! Et je suis toute seule, complètement seule, devant tant d’aveuglement !
Je peux crier des vies et des siècles ; je peux demander du secours à la terre et au ciel ; pour moi il n’y a pas de secours, il n’y a personne !
Mon aveuglement a causé la mort à tout ! L’abandon est tout ce qui me reste…
Mon Jésus, Vous me voulez ainsi ? Vous voulez que je souffre de la sorte ? Je me remets entièrement à Vous. Ce que je ne veux pas c’est Vous perdre, si tant est que la perte que je ressens n’est pas une réalité !
Régnez, Jésus, régnez sur le monde, régnez sur mon cœur, faites-moi aimer la croix, donnez-moi de la force nécessaire pour cela ! (S. 04-101945)

J’ai déjà dit ici tant de fois combien Alexandrina souffrit avec les attaques du démon, voilà pourquoi — espérant que mon travail puisse être utile à certains — je vais le terminer avec le mois d’octobre 1945, c’est-à-dire dix ans avant son décès, mais cette fois-ci faisant ressortir les moments de bonheur qui, durant celui-ci, Jésus offrit à sa chère épouse de Balasar.
Avant, toutefois, je vais faire un petit retour en arrière pour vous parler d’une communion surnaturelle qui eut lieu en septembre de cette même année et qui est d’une beauté toute divine.

« “Ma fille, vase sacré où habite le Roi du Ciel et de la terre ! Ce vase c’est ton cœur ; le Roi c’est Moi, ton Époux, ton Jésus !
Ton amour est la lampe qui Me donne lumière et lumière si forte Si je l’avais voulu, tu illuminerais le monde !
Tes vertus sont des fleurs qui ornent ce vase dans ton cœur ; leur parfum, m’enivre, ma console !
Tu vas maintenant Me recevoir par ton Ange gardien”.
Je n’ai pas vu mon ange, je n’ai vu que l’hostie, bien grande et blanche, très blanche. Par trois fois j’ai entendu dire “ecce Agnus Dei”. Et ensuite tous les mots que disent les prêtres. Je ne voyais pas les anges, mais j’entendais leur battement d’ailes et un petit bruit comme à couper l’air, et je les entendais chanter :
“Il est venu de son trône, prison d’amour
Se donner en aliment notre Roi et Seigneur !

Il est venu du tabernacle le bon Jésus
Donner la vie et adoucir une aussi lourde croix !

Il est venu vers son épouse, notre Roi est venu,
Avec révérence adorons-Le comme en son trône,
Comme en son sein.

Gloire, gloire à Toi, notre Dieu
À toi, Roi d’Amour !”

Sans les voir, j’ai cessé de les entendre, pour continuer d’entendre Jésus.
“Ma fille, je suis ta vie, ta force et ton amour. J’ai promis et je n’ai pas manqué, je suis venu à toi. Je ne viens pas plus souvent pour savourer ton anxiété, ta soif de Moi dans l’Eucharistie. Je Me donne à toi pour que tu te donnes aux âmes. Je remplis ton cœur avec les richesses du Mien afin qu’elles soient distribuées.
Tu es la vie des âmes mortes, tu es la vie des vies, tu es l’amour des cœurs. Lève-toi, lève-toi de ton abattement !
Je vais te demander beaucoup de réparation, celle que tu me donnes avec tant de sacrifice. Ne me la refuse pas, ne laisse pas que mon divin Cœur soit blessé. Donne-moi toutes les souffrances, afin que les âmes soient sauvées.”
J’ai alors commencé à en voir beaucoup, beaucoup : on dirait une pluie d’âmes ; il était impossible de les compter. Elles étaient si lumineuses, cela ressemblait au ciel. Jésus m’a dit :
“Tu vois, ma fille, elles ont toutes été sauvées par toi. Si tu savais le nombre d’âmes que tu sauves par jour avec tes souffrances ! Qu’en sera-t-il alors toute ta vie et ton martyre ! Et puis au Ciel quand tu continueras ta mission, tant que le monde sera monde !
Réjouis-toi, tu le verras au Ciel !
Toutes ces âmes t’attendent pour bientôt. Regarde la valeur de la souffrance. Aie courage !
Je suis le guide dans tes ténèbres ; je suis la force dans ton calvaire ; aie confiance en Moi ; soulage-Moi avec tes souffrances, soulage-Moi avec ton abandon et l’aveuglement de ton esprit ! La fin est proche !
Demande-Moi ce que tu voudras, maintenant que tu m’as sacramentellement en ton cœur.
“Mon Jésus, mon doux amour, venez dans mon corps et dans mon âme chercher tout ce qui Vous plaît et Vous console ! Je suis prête à continuer d’être votre victime. Puis que Vous promettez de me donner tout ce que je Vous demande, donnez-moi la force et la grâce pour souffrir et amour pour Vous aimer.
Libérez, libérez, mon Jésus, mon Père spirituel ! Ne me faites pas attendre davantage !
Donnez, mon Jésus à mon zélé médecin, aujourd’hui, jour de son anniversaire, tout ce que je Vous demanderai pour lui et que je n’ai pas su demander ! Remplissez de grâces tous ceux qui lui sont chers et sauvez le monde car il est à Vous.” » (S. 21-09-1945)

Combien Jésus l’a aimé et nous a aimés en elle! Combien Jésus nous aime et nous aime en elle ! Ne pourrions-nous pas faire nôtre cette courte prière, même si nous ne sommes pas tous appelés à être victimes de Jésus ?


“Donnez-moi la force et la grâce pour souffrir et amour pour Vous aimer !”
(In "Alexandrina - le diable et l'enfer existent"; Chapitre 17)

jeudi 6 avril 2017

JE TE VEUX PURE, PURE, DIGNE DE MOI !

— Ô mon Jésus, oui, je veux connaître la grandeur de Votre amour


Chaque moment qui passe est pour moi une éternité ; j’ai l’impression de faire du sur place. Le ciel ne vient pas ! Seuls les vendredis passent et reviennent au même moment ; je peux presque dire qu’ils sont toujours présents. Pendant la nuit, j’ai vécu l’agonie de Gethsémani. Quelle solitude si triste ! Le ciel semblait se révolter contre la terre ingrate. J’entendais le bruit des gens, le bruissement des armes. À quelqu’un qui s’est approché de moi, j’ai entendu dire, au-dedans de moi :
— Mais, que viens-tu faire ?
— Ô parole, ô parole douce ! Ô douceur, ô tendresse, ô amour de Jésus !
Bien des heures se sont passées, et tout cela est resté gravé à l’intérieur de moi. Mon corps est très épuisé ; épuisé à cause de Gethsémani, à cause de la prison, à cause de la flagellation et de la couronne d’épines, à cause des mauvais traitements sur le chemin du calvaire. Mon cœur a été blessé avant même le coup de lance. Pendant tout le parcours du chemin vers le calvaire, mon sang a coulé abondamment. Arrivée en-haut, je me suis complètement transformée : j’étais la montagne, la crois et Jésus. En moi était aussi la Petite-Maman, les deux cœurs étaient unis — le mien et le sien. Combien de sentiments, combien de souffrance, combien d’amour ; amour qui s’étendait à toute l’humanité, amour qui obligeait à tant de souffrance et d’agonie, à tant ce sang versé. Ô, si seulement je pouvais le montrer aussi clairement comme clairement j’ai senti ce que Jésus et la Petite-Maman ont souffert !
— Ô mon Dieu, ô mon Dieu, quelle agonie indicible !
Alors que je souffrais de la sorte, j’ai senti dans mon âme comme un battement d’ailes : quelque chose venue d’en-haut est descendue sur moi. Avec les yeux de l’âme j’ai vu : c’était une colombe toute blanche ; elle fit de mon cœur son nid. Elle s’envolait, battait des ailes, montait très haut puis descendait, voletait autour de moi et, avec son bec — comme si elle me donnait à manger — me donnait la vie et par son éclat, m’illuminait. Puis, de nouveau elle se reposait dans son nid. À ces moments-là je me perdais dans toute cette clarté, dans cette lumière, et mon âme cessait de souffrir. Et Jésus, mon Jésus, a commencé à me dire:
— Tu es pleine de grâce, ma fille, car Jésus est avec toi. Tu es remplie de lumière, de pureté et d’amour, car sur toi vient de descendre du Ciel l’Esprit Saint. Il habitait déjà en toi, mais maintenant il est venu à toi comme jamais, Il a quitté son trône de gloire et est descendu dans le mien, dans mon paradis, dans mon ciel sur la terre. Il est venu dans le nid de ton cœur. Il est descendu en toi comme jadis sur les Apôtres. Dorénavant, tu auras lumière, toute la lumière, afin que tu comprennes et connaisses la grandeur de mon amour, la grandeur de mon pouvoir, de ma miséricorde et la gravité de l’offense faite à mon divin Cœur. Tu es un livre de sciences, tu es le coffre où sont déposées toutes les sciences divines, tout ce qui appartient au Père, au Fils et à l’Esprit Saint. Ô merveille ! Ô prodige sans pareil !
— Ô mon Jésus, oui, je veux connaître la grandeur de Votre amour, je veux connaître tout ce que Vous me dites, parce que Vous le voulez ainsi. Mais, connaître le péché et la gravité de celui-ci, j’en ai peur, mon Jésus, j’ai peur de Vous offenser.
— Non, ma fille, non. Tu es mon épouse bien-aimée, je te veux pure, pure, digne de moi. Voilà pourquoi tu possèdes les richesses de la Divine Trinité et les richesses de Marie. Tu connaîtras le péché en tant qu’offense qui m’est faite, mais pas la gravité et la malice des créatures.

AVEZ-VOUS OUBLIÉ MA MISÈRE ?

Tu es la vie de l'amour!


Le cœur en sang et l’âme défaite en douleur à cause des souffrances causées par la cène d’hier soir, lors de cette assemblée d’amis et de la trahison, je me suis réveillée ce matin après un léger sommeil e aussitôt j’ai été attachée par la ceinture, traînée par les cheveux, flagellée, couronnée d’aiguës épines qui me causaient tant de douleurs qu’il me semblait avoir la tête en feu. Je suis tombée plusieurs fois, je suis tombée sur des pierres. De mes genoux et de mon visage des morceaux de chair y restaient accrochés, ainsi que des trainées de sang. Un amour irrésistible, sorti de mon cœur, m’attachait encore davantage à la croix. L’amour surpassait toutes les souffrances.
Sur le calvaire, en haut de la croix, quelles douleurs violentes causées par le fait d’avoir la tête unie à la croix ! Les épines la pénétraient de plus en plus profondément : la souffrance atteignait son comble. Après une longue agonie et d’un horrible abandon, j’ai senti que la terre s’ouvrait, ainsi que le roulement des pierres. Tout a tremblé. Je suis restée comme si mon âme me quittait et que je n’eus plus de vie. Le cœur a été ouvert, il laissa échapper les dernières goûtes de sang et eau. Je suis restée ainsi, sans vivre, ni sur terre, ni au ciel. Après un long moment passé ainsi, mon Jésus est venu et Il m’a dit :
— Ma fille, vie de l’amour, lumière de l’Évangile. Tu es la vie de l’amour, car tu l’allumes dans beaucoup de cœurs et l’y fais naître, en eux tu le fais vivre. Voilà l’édifice de ton âme, c’est un édifice mondial. Tu es la vie et la reine de l’amour. C’est de l’édifice de ton âme qu’il se propage dans toute l’humanité. Cet édifice est garni de l’abondance de tes vertus. Combien elles sont belles ! Tu es lumière de l’Évangile, car ta vie, si pleine de merveilles, montre plus clairement ce que fut Ma vie sur la terre : Ma Passion, Ma miséricorde, Ma tendresse, la folie de Mon divin Amour. Il montre combien J’ai souffert et combien Je t’ai fait ressembler à Moi. Mes souffrances ont été infinies, infinies sont les tiennes également, car tu es transformée dans l’infini. Tu es la rédemptrice transformée en son Rédempteur. Ce n’est qu’ainsi que tu peux sauver des âmes par milliers, par millions. J’accepte toutes tes souffrances et avec elles Je sauve des âmes dans tout l’univers. Bientôt Je te dirai, Ma fille, [le nom] de l’une d’elles, sauvée grâce à toi. Tu n’y es pas allée la sauver avec tes paroles, avec ton exemple et tes vertus, mais Moi, J’y suis allé, très loin apportant tes souffrances, lui pardonner et l’appeler à Moi.
— Jésus, Jésus, savez-Vous de qui Vous parlez ? Ne savez-Vous pas ce que je suis ? Ou avez-Vous oublié ma misère ? Quelle honte, quelle terrible confusion que la mienne ! Qui êtes Vous et qui suis-je ! Que dites-Vous sur cet abîme de misère ?

(Sentiments de l’âme, 13 avril 1945 – Vendredi)

mercredi 15 février 2017

COMMENT MIEUX CONNAÎTRE ALEXANDRINA

PREMIÈRE LETTRE

R., le 30 mars 2004
anniversaire de la naissance d’Alexandrina

Mon ami,
Tu me demandes, de te parler d’Alexandrina de Balasar ou plus exactement Alexandrina Maria da Costa.
Selon ce que tu me dis, dans ta région vivent bon nombre de portugais dont une grande partie garde une foi intacte et même militante. En les côtoyant, tu aurais, toujours selon toi, entendu parler de cette personne que tu connais mal, car les renseignements que tu as sur elle sont très succincts.
Alexandrina est ce que l’on pourrait appeler “une âme d’exception” ou encore une “âme-victime” dont la mission première a été celle de veiller sur tous les tabernacles du monde, si délaissés par les fidèles qui ont un peu oublié que Jésus s’y trouve Vivant et Vrai.
Mais, mon ami, je dois te prévenir que je ne pourrai pas résumer sa vie en une seule lettre, car sa vie et son parcours spirituel sont exceptionnels : j’ai peur qu’en faisant court, tu n’apprennes pas grand’chose de sa vie et de sa spiritualité, ainsi que de sa mission au sein de l’Église.
Elle est né à Balasar, petit village du nord du Portugal, entre Braga — son diocèse — et Porto, le mercredi 30 mars 1904. Elle fut baptisée le 2 avril suivant qui était samedi saint cette année-là.
Plusieurs faits importants dans la vie d’Alexandrina se sont passés d’ailleurs pendant la semaine sainte…
Mais avant de te parler d’elle je vais rapidement te présenter sa famille : sa mère et sa sœur.

Sa mère

Maria Ana da Costa, jeune femme célibataire, issue d’une famille plutôt aisée, s’était laissée convaincre par un voisin, homme peu scrupuleux, qui lui promettait le mariage mais qui, après lui avoir fait deux enfants — Deolinda et Alexandrina — se maria avec une autre, la laissant seule élever ses deux filles.
Se sentant trompée, Maria Ana prit un autre tournant dans sa vie et est devenue un exemple pour son village. En effet, une conversion complète s’opéra en elle et les villageois l’ont vue dès lors assister non seulement aux messes dominicales mais aussi aux messes quotidiennes. Elle s’est chargée du fleurissement des autels, finissant même par avoir la clef de l’église paroissiale, pour mieux remplir sa tâche.
Ce fut alors qu’elle déménagea de Gresufes, lieu-dit à environ un kilomètre de l’Église et vint habiter un autre lieu-dit, près de l’église et qui porte un nom prédestiné : Calvaire.
Dotée d’un mâle caractère, après avoir assisté à la messe matinale, elle s’en allait dans les champs où de durs travaux l’attendaient ; elle gagnait ainsi son “pain quotidien” et de quoi nourrir ses filles auxquelles elle dispensait une éducation exemplaire, aux dires de ceux qui l’ont connue.

Deolinda

La sœur aînée d’Alexandrina, après sa scolarisation apprit le métier de couturière et confectionnait, pour les gens du village et villages voisins, des chemises, des pantalons et autres habits, ainsi que tous autres genres de travaux inhérents à la couture.
Elle était d’une extrême délicatesse et d’une grande sagesse. Sa vie durant — elle ne s’est jamais mariée — elle s’occupa de sa jeune sœur et devint même plus tard sa “secrétaire”. Le Père Mariano Pinho, premier Directeur spirituel d’Alexandrina — ainsi que de Deolinda — avoua un jour qu’il ne savait laquelle des deux était la plus sainte.

Alexandrina : premières années

Alexandrina et sa sœur, lorsque que l’âge scolaire arriva, ont été envoyées par leur mère dans la ville voisine de Póvoa de Varzim, chez des amis qui les hébergèrent pendant dix-huit mois.
Deolinda qui avait déjà quelques connaissances, y appris à lire et à écrire, et y obtint même son seul diplôme de troisième classe. Quant à Alexandrina, elle n’y appris pas grand’chose, car la nostalgie de sa mère et l’envie de revenir à Balasar finirent par avoir raison de la décision maternelle.
Dès qu’elle eut douze ans, elle accompagna sa mère dans les champs où son courage faisait l’admiration de tous : elle finit même par gagner autant que sa mère, c’est-à-dire autant qu’une grande personne.
Ce fut pendant ces temps de travaux qu’un premier incident eut lieu : elle tomba en bas d’un arbre alors qu’elle coupait des branches pour donner à manger aux vaches du propriétaire. Elle eut très mal et dût rester alitée quelques jours.
Sa mère la plaça ensuite chez un voisin, un homme exécrable et méchant qui jouera un rôle très important et déterminant dans la vie de la jeune fille.
Maria Ana lui imposa quelques obligations, dont celle de laisser Alexandrina assister à la Messe tous les dimanches.
Le cultivateur essaya de respecter cet engagement, mais il était libertin, trop libertin et, un jour, vers la fin de l’après-midi il demanda à Alexandrina de surveiller une paire de bœufs pendant que lui il allait à Póvoa de Varzim, pour une affaire, dit-il. La jeune fille accepta, bien entendu… Mais le temps passait et la peur s’installait… Ce ne fut que très tard dans la nuit que son patron est revenu un peu éméché et la gratifia dès son arrivée de quelques mots moins dignes, dont il avait l’habitude. Il venait de passer une partie de la nuit “en bonne compagnie”.
Alexandrina raconta cela à sa mère qui n’hésita pas une seule seconde à retirer sa fille de chez un homme aussi brutal et mal élevé.
La jeune fille devait avoir alors 13 ou 14 ans.
***
Mon ami, je continuerai mon exposé de cette vie extraordinaire, dans une prochaine lettre.

Ton ami dévoué.

lundi 25 juillet 2016

LA MÈRE D'ALEXANDRINA

Mère célibataire

La mère d'Alexandrina, Maria Ana Costa

Nous venons de lire dans la transcription du certificat de baptême d'Alexandrina Maria, que Maria Ana, sa mère, était célibataire, ce qui mérite quelques explications, bien entendu.
« Le nom de son père — pouvons nous lire dans la déposition de l'un des témoins, lors du procès de béatification — était Antonio Gonçalves Xavier. » [1]

« Celui-ci mena une vie très libre et de ses relations coupables avec Maria Ana da Costa, naquit une fille, Deolinda. Il promit bien de se marier avec la mère de l'enfant, mais quand celle-ci attendait l'accomplissement de cet engagement, lui, il s'en alla au Brésil, afin, disait-il, de gagner l'argent nécessaire pour fonder leur futur foyer », rapporte un autre témoin. [2]

À son retour, de nouveau il promit le mariage et, après de nouvelles relations, une autre fille naquit : Alexandrina Maria. Avant même la naissance de l'enfant, Maria Ana se rendit à Vila do Conde, [3] dans l'intention de passer ensuite à Póvoa de Varzim, afin d'aviser son amant de sa grossesse et solliciter le mariage. Toutefois, lors de sa rencontre avec Saveiro, une certaine demoiselle, une rivale, à qui il avait aussi promis le mariage, vint lui « demander des comptes », sur de soi-disant ragots qui circulaient et qui en disaient long sur la fidélité de cet homme.

« Quelques semaines plus tard — raconte encore le docteur Azevedo — le mariage entre Xavier et cette demoiselle fut célébré. À partir de cette occasion, la vie de Maria Ana changea complètement. Elle était toujours la première à entrer à l'église, le matin. Elle donna même à ses filles, une authentique éducation religieuse. » [4] « Elle s'habilla de noir, se donna une vie de grande prière et se consacra à faire le bien autour d'elle, assistant les malades. Et on peut dire que toutes les personnes qui décédèrent dans le village, furent habillées par ses soins », conclut le Père Pasquale. Celui-ci, grand connaisseur des gens et des mœurs portugaises de ce temps-là, explique encore :

« Je pense qu'il est possible de trouver des circonstances atténuantes à la fréquence des enfants illégitimes, non seulement à cette période, mais aussi dans cette région. En effet, les gens du peuple, ne considéraient pas cela comme un motif de grand scandale. »
« Maria Ana est toute à tous. Elle ne refuse pas de partager le peu de biens dont elle dispose, avec ceux qui ont encore moins qu'elle et, sa générosité finira même par dépasser ses propres moyens et, à son tour, elle aussi aura besoin de l'aide de ses voisins et amis. En effet, s'étant portée caution pour les dettes de l'une de ses sœurs, Maria Ana dut payer celles-ci », comme l'explique le docteur Azevedo et que le Père Pasquale confirme et complète en ces termes: « Elles vécurent une période de grande pauvreté à cause de la générosité de la mère, laquelle prêta de l'argent qui ne lui fut jamais remboursé, ce qui fit qu'elles parvinrent au point de presque tout perdre, y compris leur propre maison... et bien souvent la nourriture leur manqua, ainsi que de quoi se vêtir. »



[1] Docteur Manuel Augusto Dias de Azevedo, médecin traitant d'Alexandrina.
[2] Le Père Umberto Pasquale, deuxième directeur spirituel de la servante de Dieu.
[3] Petite ville sur le littoral, à 4 kilomètres de Póvoa de Varzim et à 17 environ de Balasar. Port de pêche.
[4] Summarium. Déposition du docteur Azevedo.

ALEXANDRINA MARIA DA COSTA

Naissance et premières années

« Je m'appelle Alexandrina Maria da Costa. Je suis née au lieu-dit de Gresufes, paroisse de Balasar, commune de Póvoa de Varzim,[1]district de Porto, le 30 mars 1904, mercredi des cendres. J'ai été baptisée le 2 avril suivant, samedi saint. Mes parrains ont été mon oncle Joaquim da Costa et une dame de Gondifelos[2] qui se prénommait Alexandrina. »[3]


C'est ainsi que commence l’autobiobraphie d'Alexandrina ; un document qu'elle écrivit, à la demande de son deuxième directeur spirituel, le Père Umberto Maria Pasquale, salésien italien. Il est intéressant de remarquer qu’elle est née donc sous le signe de la Passion ; une “Passion” qu’elle vivra plus tard dans son corps et dans son âme.
Si nous consultons le registre des baptêmes de la paroisse de Sainte-Eulalie de Balasar, nous pouvons y lire:

Certificat de baptême

« Le 2 avril 1904, en cette église de la paroisse de Sainte-Eulalie de Balasar, commune de Póvoa de Varzim, archidiocèse de Braga, moi, Manuel Fernandes Sousa Campos, curé, j'ai baptisé un individu du sexe féminin, auquel fut donné le nom d'Alexandrina. Celle-ci est née le 30 mars de l'année en cours et est la fille naturelle de Maria-Ana da Costa, journalière, célibataire, paroissienne, demeurant en cette paroisse, au lieu-dit de Gresufes. Petite-fille maternelle de José Antonio da Costa et de Maria Joaquina Leitão.
Les parrains ont été, Joaquim da Costa, marié, agriculteur et, Alexandrina Rosa Campos, veuve, employée de maison; et, je connais personnellement chacun d’eux. [4]



[1] Ville balnéaire du nord du Portugal, à une trentaine de kilomètres au nord de Porto.
[2] Petit village proche de Balasar.
[3] Journal d'Alexandrina, dans "Cristo Gésu in Alexandrina", p.17, - Postulation - Alba (Italie) 1973. Par la suite, tous les extraits provenant de cet ouvrage, seront indiqués uniquement par: "Journal".
[4] Summarium

mercredi 25 décembre 2013

INTERVIEWE DE NOËL

Interviewe virtuelle


Le deuxième anniversaire de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie en 1942 venait d’être commémoré ; peu de temps s’était passé après la fête de l’Immaculée Conception.
Alexandrina — l’instrument dont le Seigneur s’était servi pour  cette consécration — était là, couchée sur son lit de douleur, quand je l’ai visitée.
Cela s’est passé le 25 décembre 1944, en fin d’après-midi… il faisait presque nuit, déjà.
Elle semblait dormir, car ses paupières couvraient presque complètement ses yeux noirs. Je me suis approché, tout en faisant attention pour ne pas la réveiller — car j’étais persuadé qu’elle dormait — mais aussitôt ses yeux se sont ouverts, elle me regarda et sourit, un sourire qui met le cœur en fête, un sourire qui nous procure suavité, un sourire qui est doux et d’une tendresse inexplicable…
J’ai voulu m’excuser de venir prendre un peu de son temps, mais elle me fit signe de m’asseoir, tout près de son lit, en même temps qu’elle posait son indicateur sur ses lèvres. J’ai compris qu’elle priait et, sans précipitation, je me suis assis sur la chaise que Deolinda, sa sœur, me proposait.
J’ai longuement regardé Alexandrina et, plus je la regardais, plus mon cœur semblait chevauché, comme s’il voulait dépasser cette âme  simple et pure qui parlait à Dieu ; la dépasser, non pour arriver le premier, pour pour être devant elle et pouvoir ainsi mieux admirer ce visage que les couleurs du Paradis ornaient, ses yeux qui reflétaient la lumière divine, ses lèvres statiques qui  n’avaient pas besoin de se mouvoir pour parler au Seigneur… Combien elle était belle dans cette posture de prière, dans ce colloque avec Jésus ou Marie, je ne sais pas !...
Puis, comme si elle se réveillait d’un songe qui l’aurait ravie, elle me regarda avec tendresse et sourit. De la tête elle fit signe que je pouvais commencer à l’interroger, car elle savait pourquoi je venais.

— Alexandrina, merci d’avoir accepté de me recevoir en ce jour de Noël, jour de fête…

— Les jours de fête sont toujours pour moi d’une profonde tristesse !

Voyant que ses paroles me surprenaient, elle ajouta :

— Je m’efforce toujours pour la consolation de ceux qui m’entourent me montrant joyeuse, mais ma joie n’est que feinte.

J’allais faire un commentaire, mais voyant ses yeux pleins de larmes, je me suis retenu et je n’ai fait aucun commentaire. Avec douceur et beaucoup de tendresse elle m’expliqua :

— Je regarde Jésus, la Petite-Maman, j’élève ma pensée vers  le Ciel et par amour j’accepte tout. C’est par amour que la triste est joie pour moi. Ne regardant pas la terre, je fixe mon regard dans le Ciel, les épines deviennent des roses, la douleur se change en douceur.

Surpris, en entendant ces paradoxes, je n’ai pas résisté et lui ai demandé :

— Mais, la nuit de Noël, la nuit dernière, a été pour vous, je pense, une nuit de joie, une nuit où l’Enfant-Jésus est descendu dans votre cœur.

— À minuit de la nuit de Noël, ne parlant même pas de la nuit dans laquelle mon âme était plongée, des douleurs lancinantes semblaient taillader mon corps. Je ne pleurais pas, mais je gémissais ; Jésus seul sais combien j’ai souffert. J’ai commencé à entendre le feu d’artifice et les cloches sonner, alors j’ai demandé que l’on apporte quelques images de l’Enfant-Jésus. Je les ai placées sur mon cœur : je voulais les réchauffer. La chaleur que je leur ai offerte n’était pas celle que je désirais : je voulais les brûler au feu de mon amour. Je voulais Lui dire beaucoup de choses, mais je ne savais pas que dire. Alors je les ai serrés fort contre mon cœur et j’ai continué à gémir. Je suis certaine que Jésus les a acceptés et qu’il n’est pas resté triste. Nul comme Lui savait combien je souffrais alors ; nul comme Lui savait que même mes gémissements était une prière que je Lui adressais.

— Et cet état a duré toute la nuit ? ai-je demandé un peu étonné et surpris.

— J’ignore les minutes qui se sont écoulés, ce que je sais c’est que je suis passée dans une autre vie et qu’alors j’ai entendu Jésus dans mon cœur.

— À la bonne heure ! En voilà au moins une bonne nouvelle : Jésus est venu vous visiter… Et que vous a dit Jésus ? demandai-je, avec une grande curiosité.

— Je suis né dans la crèche de ton cœur, ma  fille. C’est l’Époux qui vient vers son épouse, c’est le Roi qui visite sa reine. Je suis le Roi du ciel et de la terre. Comme je me sens bien ici, ô reine de l’amour ! La crèche que tu m’offres n’est pas aussi desséchée que celle de Bethléem, elle est mouleuse avec tes vertus. Sur ta crèche je ne sens pas les rigueurs du froid ; je suis réchauffé par l’amour le plus pur et le plus embrasé. Tu es mon étoile, étoile qui guide le monde comme autrefois elle a guidé les Rois Mages sur le chemin de Bethléem. Dis, ma fille, à tous ceux qui prennent soin de toi, à ceux qui te sont chers, qui t’aiment et qui t’entourent, que je leur offre l’abondance de mes grâces, un torrent de mon Amour divin, une place réservée dans mon divin Cœur, avec la promesse du Ciel.

— Et vous avez vu l’Enfant-Jésus, la crèche et Notre Dame et saint Joseph ?
Ma curiosité prenait des airs enfantins… Je me sentais extasié devant autant de simplicité, de  tant d’humilité et de foi…

Alexandrina me répondit :

— Non, je n’ai pas vu l’Enfant-Jésus, mais pendant qu’Il me parlait je voyais près de moi comme un palmier rempli d’anges, des centaines, des milliers d’anges… Beaucoup parmi eux jouaient des instruments et, descendant des cieux, m’entouraient. C’était amusant de voir la vitesse à laquelle ils descendaient. Au milieu d’eux il y avait une grande échelle ; de ses degrés, descendaient vers moi de nombreux rayons dorés. C’était comme des flèches qui pénétraient mon cœur.

Et les yeux noirs d’Alexandrina semblaient encore illuminés par les rayons dont elle parlait : ses yeux brillaient comme si des milliers d’étoiles s’y reflétaient.

— Et pendant tout ce temps Jésus vous a parlé ? ai-je demandé, de plus en plus poussé par ma curiosité.

Elle me regarda et compris que je “buvais” ses paroles, alors elle me dit :

— Jésus me disait :
— Ce sont tes vertus, ce sont les rayons de l’amour divin . Reçois-les, c’est ta vie !

Expliquant ce qu’elle avait vu et ressenti, Alexandrina semblait heureuse, car son sourire était merveilleux. Quant à ses yeux, fixés sur moi, ils semblaient lire ma pensée, découvrir mon âme jusque dans ses plis les plus reculés — ce qui me gênait quelque peu ! — découvrir ma curiosité croissante et, sans que j’ai besoin de lui poser une nouvelle question, elle me dit :

— Ces rayons m’ont fortifiée, ils éclairaient plus que le soleil dans son apogée. J’ai tout vu clairement. Je ne saurais dire combien de temps, mais la vision a été longue. Avec bien du mal j’ai dû en prendre congé, mais, comme quelqu’un qui chemine et regarde en arrière, je montrais que j’aurais bien voulu en bénéficier davantage. J’aimerais continuer à bénéficier de la vision, mais elle s’est arrêtée et moi je suis restée avec ma souffrance.

Quand elle eut terminé de me raconter sa vision, il me sembla voir une larme dans ses yeux, comme si le souvenir de la vision de la nuit de Noël la laissait nostalgique, dans un désir insondable de la revivre…

— Mais, après la nuit vient le jour, dis-je, comme si je voulais la consoler de l’inconsolable. Comment cela s’est passé à l’aurore, quel a été votre réveil d’aujourd’hui, jour de Noël ?

— Le jour a pointé, jour sans lumière et vie sans vie. Toujours désireuse de garder avec la plus grande sûreté le monde à l’intérieur de moi j’ai continué à me montrer joyeuse. Tous les souhaits et toutes les tendresses des personnes que j’aime, je le recevais comme s’ils ne m’étaient pas destinés.

— Alexandrina, je ne vais pas abuser de votre extrême bonté, car il est déjà plus de vingt heures… Cependant, si vous me permettez une dernière question, je vous demanderais quelle appréciation faites-vous de votre Noël 1944 ?

— En terminant cette journée, je me pose cette question : Où ai-je passé ce jour ? Il me semble avoir été morte pour Jésus et pour tous ceux qui m’entourent. J’ai vécu mais je n’ai pas ressenti la vie. J’ai souffert mais ce ne fut pas ma souffrance. Je n’ai pas vécu pour Jésus, je n’ai pas senti que je l’ai aimé.

Je ne sais pas mieux l’expliquer et je ne dis rien de ce qui se passe dans mon âme. Quelle triste vie, vie si mal comprise !.

Voilà comment s’est passé pour Alexandrina le jour de Noël 1944.
*****
Il n’est pas nécessaire d’expliquer, et tous l’auront compris, qu’il s’agit d’une interviewe virtuelle, car je n’ai pas connu personnellement la douce et tendre Alexandrina. En effet, quand elle est décédée je n’avais que 9 ans et nous habitions très loin l’un de l’autre !
Cependant, toutes les réponses qu’elle a données  à cette interviewe virtuelle sont tirées de ses écrits “Sentiments de l’âme” du 25 décembre 1944.

Alphonse Rocha

dimanche 22 septembre 2013

JE ME LIVRE À LA CROIX...

Ma fille, hymne de gloire, d'amour et de réhabilitation



Je sens le besoin d'écrire, mais je ne voudrais rien dire de ce que je ressens dans l'âme. Je le fais par obéissance.
Que de moments tristes m'attendent, qu'elle est grande cette agonie qui s'est emparée de mon âme!  Je sens que tant de rues sont couvertes de mon sang. Je vois tant de révolte et d'indignation. Je suis si humiliée! Mon corps est comme une plaie ouverte. Mon corps est tout couvert du sang que les épines font couler de mon front. Les bras ouverts, je me livre à la croix, je me laisse crucifier. Je ne m'arrête pas de crier:
Père, mon Père, même Toi, Tu m'as abandonnée? Je suis Ta victime, je me donne à Toi pour les âmes.
Oh mon Dieu, si je pouvais choisir, je préférerais l'enfer à cette souffrance e au temps passé dans mes dialogues avec Vous. Oui, mon Jésus, si je me trouvais en enfer, au lieu de Vous parler et Vous à moi, je ne craindrais pas me tromper, ni tromper qui que ce soit, et je ne serais pas persécutée par le monde. C'est l'aversion que j'ai pour l'escroquerie, pour le mensonge; c'est la peur que j'ai de moi-même, et l'appréhension des vendredis. Si elles pouvaient disparaître et si je pouvais disparaître aussi dans Votre amour infini!...
Que vienne la souffrance, que vienne la croix, j'accepterai tout, les bras ouverts; je suis votre victime, Jésus.
De ces souffrances je suis passée à être inondée de lumière, de paix et douceur. Jésus a tardé à me parler, Il m'a laissé jouir pendant longtemps de ce qui lui appartenait. Il m'a parlé par la suite.
— Ma fille, pleine de grâce, de pureté et d'amour; ma fille, riche trésor de ce qui est divin: tu es pleine de grâce, de pureté et d'amour, tu es riche de ce qui est divin, parce que tu as très soigneusement gardé en toi, avec attention, dévouement et amour, ce que tua a reçu du Ciel. Tu as été à la hauteur de la grâce, tu es pleine de grâce.
Ma fille, source divine, source de toute l'humanité: tu es source divine, parce qu'en toi existe tout ce qui est divin. Tu es source de l'humanité, parce qu'elle vient s'abreuver en toi et se purifier; tu es l'eau pure, tu es source de salut.
Ma fille, hymne de gloire, d'amour et de réhabilitation. Si tu pouvais voir la gloire que j'ai reçue, la vassalité et les hommages angéliques qui M'ont été donnés au Ciel pour la réhabilitation tu M'as donnée, pour les âmes que tu as sauvées par la douleur par laquelle tu t'es laissée immoler! Cela a été une année remplie d'amour, une année marquée par le salut.
Ma fille, fleur angélique, douceur de la divine Trinité, douceur de Marie, douceur de tout le royaume céleste: ta souffrance a embelli le ciel, qui est orné par elle qui est écrite avec des lettres d'or et des pierres précieuses.
L'ingratitude et la méchanceté des hommes envers toi et contre Ma divine cause sont aussi écrites. Tu auras une année pleine d'amertumes et aussi remplie de joies, que seule toi tu ressentiras  comme un soleil brillant qui se montre pour se cacher immédiatement derrière les nuages...
Ne crains rien, car ceci est ta vie. C'est la vie source de vie, douleur source d'amour. Ne te préoccupe pas si tu ne vois rien de ce que tu as accompli, de ce que tu as souffert, de ce que tu as aimé. Tu n'as ni souffert, ni donné, aimé pour toi-même, tu M'as tout donné à Moi. Tu ne pourras rien voir en ce monde, tout est passé au royaume du ciel; tout est en possession de ton Roi, ton Époux. Tu le verras lors de ta rencontre éternelle avec Moi.
Subis tout, accepte tout avec joie. Bat de tes petites ailes blanches, tes ailes remplies de blancheur, comme la petite colombe exténuée qui vole loin à la recherche de la nourriture qui donne la vie à ses petits. Tu es la vie des âmes, la mère des pécheurs, la reine du monde, la reine de l'amour.
Ma fille, miroir cristallin où toute l'humanité se verra projetée pour se transformer et te ressembler.
J'ai hâte, j'ai hâte de te voir dans ma Patrie, pour que le monde entier connaisse et prenne exemple de ta vie, ma fille, école sacrée des sciences divines.
Courage, vie qui donnes la vie, douleur qui donnes l'amour. Reçois mon amour divin pour te lever de ton abattement et pour recevoir la vie qui est tienne.
Mon cœur a reçu une infusion d'amour, j'ai senti Son anxiété à me voir au Ciel, et j'ai senti les hommages que les anges présentaient à Jésus en Lui scandant un hymne de grandes louanges et de gratitude.
Oh, ce que cela m'a couté de me séparer de Jésus pour vivre ici.
Comme le Ciel est différent de la terre, l'amour de Jésus de celui des créatures!

(Sentiments de l’âme, 5 janvier 1945)