mardi 11 avril 2017

AH ! SI CETTE CHAMBRE PARLAIT !

Ô, combien de choses cachait ce sourie d’Alexandrina !



Alexandrina méditait et cogitais, quand elle était seule dans sa petite chambre. Parfois, sans même s’en rendre compte, elle se posait des questions à elle-même, comme nous allons voir ci-après :

«“Ma chambre bien-aimée, témoin de tant de souffrances et d’amertumes, qu’en serait-il de moi, si un seul moment je perdais la foi et la confiance… Perdre Dieu, plus jamais voir Dieu…”
De temps à autre, même sans y penser, sans réfléchir, c’est le cri qui sort de mon âme. Ne plus jamais voir Dieu, perdre Dieu et le perdre pour toujours ! C’est ce que mon âme ressent et qui l’oblige à crier bien souvent : perdre Dieu, perdre Dieu !
“Ma pauvre âme, combien elle souffre !”» (S. 16-08-1945)

Et, c’est bien vrai : si cette petite chambre pouvait parler, encore de nos jours elle aurait beaucoup de choses à nous dire, beaucoup de révélations à faire à chacun de nous.
Combien de conversions se sont opérées là ; combien de couples se sont unis plus étroitement, quand tout semblait les séparer ; combien d’hommes y ont renoncé à leurs infidélités ; combien de guérisons (surtout spirituelles) eurent lieu dans cette chambre ; combien de prières ferventes y ont été récites et, pour terminer, combien de fois, Jésus et Marie — sans oublier les Saints, Saintes et Anges de Dieu — y sont venus visiter la “Petite malade de Balasar” !
Ah ! si cette chambre parlait !
Le jour de la fête de l’Annonciation à Marie, fut pour Alexandrina un jour terrible ! Mais, laissons-lui le soin de nous le raconter :

«Je continue de me sentir condamnée à l’enfer. Et hier, le jour de la Petite-Maman, fut bien douloureux pour moi, du point de vue souffrance. Je me sentais dans la prison infernale, et attachée avec des chaînes en fer. Le feu, les hurlements des démons, les mauvais traitements, les serpents et toutes les bêtes affligeantes m’entouraient et pénétraient tout mon être. Sans pouvoir me conformer à la perte de Dieu, je sentais un tel désespoir, qui m’obligeais à me révolter contre Dieu Lui-même, à Le maudire, aussi bien qu’à mon Ange gardien, parents et compagnons de péché et les chemins qui m’y menaient ; je me maudissais moi-même, tout le ciel et toute la terre.
Quelle horreur constante !
Je savais que je n’étais digne que de l’enfer, mais je ne pouvais pas me conformer à cette habitation ni la perte de Dieu. Je cachais avec un sourire toute cette souffrance qui n’avait rien à voir avec ce qui se passait dans mon âme. C’est pourquoi mon sourire me semblait fau, menteur, très menteur.
Oh ! triste jour de l’Assomption de la Petite-Maman du Ciel ! J’ai tout offert à Elle et à Jésus, mais le soir venu je n’avais rien à leur offrir. Je désirais tout leur offrir, mais comme je n’avais rien, j’ai demandé que pour Eux on allume une bougie.» (S. 16-08-1945)

“Je cachais avec un sourire toute cette souffrance”.
Ô, combien de choses cachait ce sourie d’Alexandrina !

(Alphonse Rocha : “ALEXANDRINA – le diable et l’enfer existent” ; Chapitre 15)

samedi 8 avril 2017

J'ADORAIS FAIRE DES FARCES !

Une fille comme les autres...


J’aimais beaucoup ma sœur, mais quand je me fâchais avec elle, je lui jetais tout ce qui se trouvait à portée de mes mains. Je me souviens l’avoir fait au moins deux fois. Je veux que ma méchanceté ne reste pas dissimulée.
J’adorais aussi lui faire des farces. Quelquefois, me levant avant elle, je mettais des pièges sur le pas de la porte, pour la faire tomber, comme pour lui dire qu’elle était paresseuse. Des farces de ce genre je lui en fais plusieurs.
Je lui ai même fait de farces de mauvais goût. Un jour, ayant soulevé le couvercle d’un bahut, je l’ai laissé tomber, avec un grand fracas et, ensuite, je me suis mise à crier, comme si je m’étais coincée les mains. Deolinda est venue aussitôt, effrayée et angoissée... Et moi, après coup, je me sentais peinée de l’avoir ainsi offensée. Je n’étais pas non plus rancunière, je préférais plutôt embrasser les personnes qui m'avaient offensée. Malgré tout cela et le fait de grimper aux arbres ― j’y grimpais fort bien ― jamais je n’ai fait de mal aux oiseaux. J’étais incapable de défaire un nid, ou même de jouer avec les oisillons. Je souffrais beaucoup quand je voyais des nids défaits ou quand j’entendais le piaillement triste et douloureux des oiseaux. J’ai même pleuré quelquefois, lorsque je me rendais compte qu’ils avaient perdu leurs petits.

Dans le cocon familial, je ne sais pas ce que je racontais, mais je mettais tout le monde de bonne humeur, j’étais le boute-en-train. Ma mère avait l’habitude de dire, à ce sujet: “Les riches ont leurs bouffons; je ne suis pas riche, mais j’en ai un aussi”. (Autobiographie)

vendredi 7 avril 2017

FAITES-MOI AIMER LA CROIX !

Réjouis-toi, tu le verras au Ciel !


Au commencement du mois d’octobre 1945, Alexandrina dicta pour son Journal ce qui pourrait ressembler à une “plainte”, mais qui est en réalité une prière.

« Oh ! mon Dieu, quelle profondeur et quelle obscurité que celles de mon esprit ! Et je suis toute seule, complètement seule, devant tant d’aveuglement !
Je peux crier des vies et des siècles ; je peux demander du secours à la terre et au ciel ; pour moi il n’y a pas de secours, il n’y a personne !
Mon aveuglement a causé la mort à tout ! L’abandon est tout ce qui me reste…
Mon Jésus, Vous me voulez ainsi ? Vous voulez que je souffre de la sorte ? Je me remets entièrement à Vous. Ce que je ne veux pas c’est Vous perdre, si tant est que la perte que je ressens n’est pas une réalité !
Régnez, Jésus, régnez sur le monde, régnez sur mon cœur, faites-moi aimer la croix, donnez-moi de la force nécessaire pour cela ! (S. 04-101945)

J’ai déjà dit ici tant de fois combien Alexandrina souffrit avec les attaques du démon, voilà pourquoi — espérant que mon travail puisse être utile à certains — je vais le terminer avec le mois d’octobre 1945, c’est-à-dire dix ans avant son décès, mais cette fois-ci faisant ressortir les moments de bonheur qui, durant celui-ci, Jésus offrit à sa chère épouse de Balasar.
Avant, toutefois, je vais faire un petit retour en arrière pour vous parler d’une communion surnaturelle qui eut lieu en septembre de cette même année et qui est d’une beauté toute divine.

« “Ma fille, vase sacré où habite le Roi du Ciel et de la terre ! Ce vase c’est ton cœur ; le Roi c’est Moi, ton Époux, ton Jésus !
Ton amour est la lampe qui Me donne lumière et lumière si forte Si je l’avais voulu, tu illuminerais le monde !
Tes vertus sont des fleurs qui ornent ce vase dans ton cœur ; leur parfum, m’enivre, ma console !
Tu vas maintenant Me recevoir par ton Ange gardien”.
Je n’ai pas vu mon ange, je n’ai vu que l’hostie, bien grande et blanche, très blanche. Par trois fois j’ai entendu dire “ecce Agnus Dei”. Et ensuite tous les mots que disent les prêtres. Je ne voyais pas les anges, mais j’entendais leur battement d’ailes et un petit bruit comme à couper l’air, et je les entendais chanter :
“Il est venu de son trône, prison d’amour
Se donner en aliment notre Roi et Seigneur !

Il est venu du tabernacle le bon Jésus
Donner la vie et adoucir une aussi lourde croix !

Il est venu vers son épouse, notre Roi est venu,
Avec révérence adorons-Le comme en son trône,
Comme en son sein.

Gloire, gloire à Toi, notre Dieu
À toi, Roi d’Amour !”

Sans les voir, j’ai cessé de les entendre, pour continuer d’entendre Jésus.
“Ma fille, je suis ta vie, ta force et ton amour. J’ai promis et je n’ai pas manqué, je suis venu à toi. Je ne viens pas plus souvent pour savourer ton anxiété, ta soif de Moi dans l’Eucharistie. Je Me donne à toi pour que tu te donnes aux âmes. Je remplis ton cœur avec les richesses du Mien afin qu’elles soient distribuées.
Tu es la vie des âmes mortes, tu es la vie des vies, tu es l’amour des cœurs. Lève-toi, lève-toi de ton abattement !
Je vais te demander beaucoup de réparation, celle que tu me donnes avec tant de sacrifice. Ne me la refuse pas, ne laisse pas que mon divin Cœur soit blessé. Donne-moi toutes les souffrances, afin que les âmes soient sauvées.”
J’ai alors commencé à en voir beaucoup, beaucoup : on dirait une pluie d’âmes ; il était impossible de les compter. Elles étaient si lumineuses, cela ressemblait au ciel. Jésus m’a dit :
“Tu vois, ma fille, elles ont toutes été sauvées par toi. Si tu savais le nombre d’âmes que tu sauves par jour avec tes souffrances ! Qu’en sera-t-il alors toute ta vie et ton martyre ! Et puis au Ciel quand tu continueras ta mission, tant que le monde sera monde !
Réjouis-toi, tu le verras au Ciel !
Toutes ces âmes t’attendent pour bientôt. Regarde la valeur de la souffrance. Aie courage !
Je suis le guide dans tes ténèbres ; je suis la force dans ton calvaire ; aie confiance en Moi ; soulage-Moi avec tes souffrances, soulage-Moi avec ton abandon et l’aveuglement de ton esprit ! La fin est proche !
Demande-Moi ce que tu voudras, maintenant que tu m’as sacramentellement en ton cœur.
“Mon Jésus, mon doux amour, venez dans mon corps et dans mon âme chercher tout ce qui Vous plaît et Vous console ! Je suis prête à continuer d’être votre victime. Puis que Vous promettez de me donner tout ce que je Vous demande, donnez-moi la force et la grâce pour souffrir et amour pour Vous aimer.
Libérez, libérez, mon Jésus, mon Père spirituel ! Ne me faites pas attendre davantage !
Donnez, mon Jésus à mon zélé médecin, aujourd’hui, jour de son anniversaire, tout ce que je Vous demanderai pour lui et que je n’ai pas su demander ! Remplissez de grâces tous ceux qui lui sont chers et sauvez le monde car il est à Vous.” » (S. 21-09-1945)

Combien Jésus l’a aimé et nous a aimés en elle! Combien Jésus nous aime et nous aime en elle ! Ne pourrions-nous pas faire nôtre cette courte prière, même si nous ne sommes pas tous appelés à être victimes de Jésus ?


“Donnez-moi la force et la grâce pour souffrir et amour pour Vous aimer !”
(In "Alexandrina - le diable et l'enfer existent"; Chapitre 17)

jeudi 6 avril 2017

JE TE VEUX PURE, PURE, DIGNE DE MOI !

— Ô mon Jésus, oui, je veux connaître la grandeur de Votre amour


Chaque moment qui passe est pour moi une éternité ; j’ai l’impression de faire du sur place. Le ciel ne vient pas ! Seuls les vendredis passent et reviennent au même moment ; je peux presque dire qu’ils sont toujours présents. Pendant la nuit, j’ai vécu l’agonie de Gethsémani. Quelle solitude si triste ! Le ciel semblait se révolter contre la terre ingrate. J’entendais le bruit des gens, le bruissement des armes. À quelqu’un qui s’est approché de moi, j’ai entendu dire, au-dedans de moi :
— Mais, que viens-tu faire ?
— Ô parole, ô parole douce ! Ô douceur, ô tendresse, ô amour de Jésus !
Bien des heures se sont passées, et tout cela est resté gravé à l’intérieur de moi. Mon corps est très épuisé ; épuisé à cause de Gethsémani, à cause de la prison, à cause de la flagellation et de la couronne d’épines, à cause des mauvais traitements sur le chemin du calvaire. Mon cœur a été blessé avant même le coup de lance. Pendant tout le parcours du chemin vers le calvaire, mon sang a coulé abondamment. Arrivée en-haut, je me suis complètement transformée : j’étais la montagne, la crois et Jésus. En moi était aussi la Petite-Maman, les deux cœurs étaient unis — le mien et le sien. Combien de sentiments, combien de souffrance, combien d’amour ; amour qui s’étendait à toute l’humanité, amour qui obligeait à tant de souffrance et d’agonie, à tant ce sang versé. Ô, si seulement je pouvais le montrer aussi clairement comme clairement j’ai senti ce que Jésus et la Petite-Maman ont souffert !
— Ô mon Dieu, ô mon Dieu, quelle agonie indicible !
Alors que je souffrais de la sorte, j’ai senti dans mon âme comme un battement d’ailes : quelque chose venue d’en-haut est descendue sur moi. Avec les yeux de l’âme j’ai vu : c’était une colombe toute blanche ; elle fit de mon cœur son nid. Elle s’envolait, battait des ailes, montait très haut puis descendait, voletait autour de moi et, avec son bec — comme si elle me donnait à manger — me donnait la vie et par son éclat, m’illuminait. Puis, de nouveau elle se reposait dans son nid. À ces moments-là je me perdais dans toute cette clarté, dans cette lumière, et mon âme cessait de souffrir. Et Jésus, mon Jésus, a commencé à me dire:
— Tu es pleine de grâce, ma fille, car Jésus est avec toi. Tu es remplie de lumière, de pureté et d’amour, car sur toi vient de descendre du Ciel l’Esprit Saint. Il habitait déjà en toi, mais maintenant il est venu à toi comme jamais, Il a quitté son trône de gloire et est descendu dans le mien, dans mon paradis, dans mon ciel sur la terre. Il est venu dans le nid de ton cœur. Il est descendu en toi comme jadis sur les Apôtres. Dorénavant, tu auras lumière, toute la lumière, afin que tu comprennes et connaisses la grandeur de mon amour, la grandeur de mon pouvoir, de ma miséricorde et la gravité de l’offense faite à mon divin Cœur. Tu es un livre de sciences, tu es le coffre où sont déposées toutes les sciences divines, tout ce qui appartient au Père, au Fils et à l’Esprit Saint. Ô merveille ! Ô prodige sans pareil !
— Ô mon Jésus, oui, je veux connaître la grandeur de Votre amour, je veux connaître tout ce que Vous me dites, parce que Vous le voulez ainsi. Mais, connaître le péché et la gravité de celui-ci, j’en ai peur, mon Jésus, j’ai peur de Vous offenser.
— Non, ma fille, non. Tu es mon épouse bien-aimée, je te veux pure, pure, digne de moi. Voilà pourquoi tu possèdes les richesses de la Divine Trinité et les richesses de Marie. Tu connaîtras le péché en tant qu’offense qui m’est faite, mais pas la gravité et la malice des créatures.

AVEZ-VOUS OUBLIÉ MA MISÈRE ?

Tu es la vie de l'amour!


Le cœur en sang et l’âme défaite en douleur à cause des souffrances causées par la cène d’hier soir, lors de cette assemblée d’amis et de la trahison, je me suis réveillée ce matin après un léger sommeil e aussitôt j’ai été attachée par la ceinture, traînée par les cheveux, flagellée, couronnée d’aiguës épines qui me causaient tant de douleurs qu’il me semblait avoir la tête en feu. Je suis tombée plusieurs fois, je suis tombée sur des pierres. De mes genoux et de mon visage des morceaux de chair y restaient accrochés, ainsi que des trainées de sang. Un amour irrésistible, sorti de mon cœur, m’attachait encore davantage à la croix. L’amour surpassait toutes les souffrances.
Sur le calvaire, en haut de la croix, quelles douleurs violentes causées par le fait d’avoir la tête unie à la croix ! Les épines la pénétraient de plus en plus profondément : la souffrance atteignait son comble. Après une longue agonie et d’un horrible abandon, j’ai senti que la terre s’ouvrait, ainsi que le roulement des pierres. Tout a tremblé. Je suis restée comme si mon âme me quittait et que je n’eus plus de vie. Le cœur a été ouvert, il laissa échapper les dernières goûtes de sang et eau. Je suis restée ainsi, sans vivre, ni sur terre, ni au ciel. Après un long moment passé ainsi, mon Jésus est venu et Il m’a dit :
— Ma fille, vie de l’amour, lumière de l’Évangile. Tu es la vie de l’amour, car tu l’allumes dans beaucoup de cœurs et l’y fais naître, en eux tu le fais vivre. Voilà l’édifice de ton âme, c’est un édifice mondial. Tu es la vie et la reine de l’amour. C’est de l’édifice de ton âme qu’il se propage dans toute l’humanité. Cet édifice est garni de l’abondance de tes vertus. Combien elles sont belles ! Tu es lumière de l’Évangile, car ta vie, si pleine de merveilles, montre plus clairement ce que fut Ma vie sur la terre : Ma Passion, Ma miséricorde, Ma tendresse, la folie de Mon divin Amour. Il montre combien J’ai souffert et combien Je t’ai fait ressembler à Moi. Mes souffrances ont été infinies, infinies sont les tiennes également, car tu es transformée dans l’infini. Tu es la rédemptrice transformée en son Rédempteur. Ce n’est qu’ainsi que tu peux sauver des âmes par milliers, par millions. J’accepte toutes tes souffrances et avec elles Je sauve des âmes dans tout l’univers. Bientôt Je te dirai, Ma fille, [le nom] de l’une d’elles, sauvée grâce à toi. Tu n’y es pas allée la sauver avec tes paroles, avec ton exemple et tes vertus, mais Moi, J’y suis allé, très loin apportant tes souffrances, lui pardonner et l’appeler à Moi.
— Jésus, Jésus, savez-Vous de qui Vous parlez ? Ne savez-Vous pas ce que je suis ? Ou avez-Vous oublié ma misère ? Quelle honte, quelle terrible confusion que la mienne ! Qui êtes Vous et qui suis-je ! Que dites-Vous sur cet abîme de misère ?

(Sentiments de l’âme, 13 avril 1945 – Vendredi)

mercredi 15 février 2017

COMMENT MIEUX CONNAÎTRE ALEXANDRINA

PREMIÈRE LETTRE

R., le 30 mars 2004
anniversaire de la naissance d’Alexandrina

Mon ami,
Tu me demandes, de te parler d’Alexandrina de Balasar ou plus exactement Alexandrina Maria da Costa.
Selon ce que tu me dis, dans ta région vivent bon nombre de portugais dont une grande partie garde une foi intacte et même militante. En les côtoyant, tu aurais, toujours selon toi, entendu parler de cette personne que tu connais mal, car les renseignements que tu as sur elle sont très succincts.
Alexandrina est ce que l’on pourrait appeler “une âme d’exception” ou encore une “âme-victime” dont la mission première a été celle de veiller sur tous les tabernacles du monde, si délaissés par les fidèles qui ont un peu oublié que Jésus s’y trouve Vivant et Vrai.
Mais, mon ami, je dois te prévenir que je ne pourrai pas résumer sa vie en une seule lettre, car sa vie et son parcours spirituel sont exceptionnels : j’ai peur qu’en faisant court, tu n’apprennes pas grand’chose de sa vie et de sa spiritualité, ainsi que de sa mission au sein de l’Église.
Elle est né à Balasar, petit village du nord du Portugal, entre Braga — son diocèse — et Porto, le mercredi 30 mars 1904. Elle fut baptisée le 2 avril suivant qui était samedi saint cette année-là.
Plusieurs faits importants dans la vie d’Alexandrina se sont passés d’ailleurs pendant la semaine sainte…
Mais avant de te parler d’elle je vais rapidement te présenter sa famille : sa mère et sa sœur.

Sa mère

Maria Ana da Costa, jeune femme célibataire, issue d’une famille plutôt aisée, s’était laissée convaincre par un voisin, homme peu scrupuleux, qui lui promettait le mariage mais qui, après lui avoir fait deux enfants — Deolinda et Alexandrina — se maria avec une autre, la laissant seule élever ses deux filles.
Se sentant trompée, Maria Ana prit un autre tournant dans sa vie et est devenue un exemple pour son village. En effet, une conversion complète s’opéra en elle et les villageois l’ont vue dès lors assister non seulement aux messes dominicales mais aussi aux messes quotidiennes. Elle s’est chargée du fleurissement des autels, finissant même par avoir la clef de l’église paroissiale, pour mieux remplir sa tâche.
Ce fut alors qu’elle déménagea de Gresufes, lieu-dit à environ un kilomètre de l’Église et vint habiter un autre lieu-dit, près de l’église et qui porte un nom prédestiné : Calvaire.
Dotée d’un mâle caractère, après avoir assisté à la messe matinale, elle s’en allait dans les champs où de durs travaux l’attendaient ; elle gagnait ainsi son “pain quotidien” et de quoi nourrir ses filles auxquelles elle dispensait une éducation exemplaire, aux dires de ceux qui l’ont connue.

Deolinda

La sœur aînée d’Alexandrina, après sa scolarisation apprit le métier de couturière et confectionnait, pour les gens du village et villages voisins, des chemises, des pantalons et autres habits, ainsi que tous autres genres de travaux inhérents à la couture.
Elle était d’une extrême délicatesse et d’une grande sagesse. Sa vie durant — elle ne s’est jamais mariée — elle s’occupa de sa jeune sœur et devint même plus tard sa “secrétaire”. Le Père Mariano Pinho, premier Directeur spirituel d’Alexandrina — ainsi que de Deolinda — avoua un jour qu’il ne savait laquelle des deux était la plus sainte.

Alexandrina : premières années

Alexandrina et sa sœur, lorsque que l’âge scolaire arriva, ont été envoyées par leur mère dans la ville voisine de Póvoa de Varzim, chez des amis qui les hébergèrent pendant dix-huit mois.
Deolinda qui avait déjà quelques connaissances, y appris à lire et à écrire, et y obtint même son seul diplôme de troisième classe. Quant à Alexandrina, elle n’y appris pas grand’chose, car la nostalgie de sa mère et l’envie de revenir à Balasar finirent par avoir raison de la décision maternelle.
Dès qu’elle eut douze ans, elle accompagna sa mère dans les champs où son courage faisait l’admiration de tous : elle finit même par gagner autant que sa mère, c’est-à-dire autant qu’une grande personne.
Ce fut pendant ces temps de travaux qu’un premier incident eut lieu : elle tomba en bas d’un arbre alors qu’elle coupait des branches pour donner à manger aux vaches du propriétaire. Elle eut très mal et dût rester alitée quelques jours.
Sa mère la plaça ensuite chez un voisin, un homme exécrable et méchant qui jouera un rôle très important et déterminant dans la vie de la jeune fille.
Maria Ana lui imposa quelques obligations, dont celle de laisser Alexandrina assister à la Messe tous les dimanches.
Le cultivateur essaya de respecter cet engagement, mais il était libertin, trop libertin et, un jour, vers la fin de l’après-midi il demanda à Alexandrina de surveiller une paire de bœufs pendant que lui il allait à Póvoa de Varzim, pour une affaire, dit-il. La jeune fille accepta, bien entendu… Mais le temps passait et la peur s’installait… Ce ne fut que très tard dans la nuit que son patron est revenu un peu éméché et la gratifia dès son arrivée de quelques mots moins dignes, dont il avait l’habitude. Il venait de passer une partie de la nuit “en bonne compagnie”.
Alexandrina raconta cela à sa mère qui n’hésita pas une seule seconde à retirer sa fille de chez un homme aussi brutal et mal élevé.
La jeune fille devait avoir alors 13 ou 14 ans.
***
Mon ami, je continuerai mon exposé de cette vie extraordinaire, dans une prochaine lettre.

Ton ami dévoué.

lundi 25 juillet 2016

LA MÈRE D'ALEXANDRINA

Mère célibataire

La mère d'Alexandrina, Maria Ana Costa

Nous venons de lire dans la transcription du certificat de baptême d'Alexandrina Maria, que Maria Ana, sa mère, était célibataire, ce qui mérite quelques explications, bien entendu.
« Le nom de son père — pouvons nous lire dans la déposition de l'un des témoins, lors du procès de béatification — était Antonio Gonçalves Xavier. » [1]

« Celui-ci mena une vie très libre et de ses relations coupables avec Maria Ana da Costa, naquit une fille, Deolinda. Il promit bien de se marier avec la mère de l'enfant, mais quand celle-ci attendait l'accomplissement de cet engagement, lui, il s'en alla au Brésil, afin, disait-il, de gagner l'argent nécessaire pour fonder leur futur foyer », rapporte un autre témoin. [2]

À son retour, de nouveau il promit le mariage et, après de nouvelles relations, une autre fille naquit : Alexandrina Maria. Avant même la naissance de l'enfant, Maria Ana se rendit à Vila do Conde, [3] dans l'intention de passer ensuite à Póvoa de Varzim, afin d'aviser son amant de sa grossesse et solliciter le mariage. Toutefois, lors de sa rencontre avec Saveiro, une certaine demoiselle, une rivale, à qui il avait aussi promis le mariage, vint lui « demander des comptes », sur de soi-disant ragots qui circulaient et qui en disaient long sur la fidélité de cet homme.

« Quelques semaines plus tard — raconte encore le docteur Azevedo — le mariage entre Xavier et cette demoiselle fut célébré. À partir de cette occasion, la vie de Maria Ana changea complètement. Elle était toujours la première à entrer à l'église, le matin. Elle donna même à ses filles, une authentique éducation religieuse. » [4] « Elle s'habilla de noir, se donna une vie de grande prière et se consacra à faire le bien autour d'elle, assistant les malades. Et on peut dire que toutes les personnes qui décédèrent dans le village, furent habillées par ses soins », conclut le Père Pasquale. Celui-ci, grand connaisseur des gens et des mœurs portugaises de ce temps-là, explique encore :

« Je pense qu'il est possible de trouver des circonstances atténuantes à la fréquence des enfants illégitimes, non seulement à cette période, mais aussi dans cette région. En effet, les gens du peuple, ne considéraient pas cela comme un motif de grand scandale. »
« Maria Ana est toute à tous. Elle ne refuse pas de partager le peu de biens dont elle dispose, avec ceux qui ont encore moins qu'elle et, sa générosité finira même par dépasser ses propres moyens et, à son tour, elle aussi aura besoin de l'aide de ses voisins et amis. En effet, s'étant portée caution pour les dettes de l'une de ses sœurs, Maria Ana dut payer celles-ci », comme l'explique le docteur Azevedo et que le Père Pasquale confirme et complète en ces termes: « Elles vécurent une période de grande pauvreté à cause de la générosité de la mère, laquelle prêta de l'argent qui ne lui fut jamais remboursé, ce qui fit qu'elles parvinrent au point de presque tout perdre, y compris leur propre maison... et bien souvent la nourriture leur manqua, ainsi que de quoi se vêtir. »



[1] Docteur Manuel Augusto Dias de Azevedo, médecin traitant d'Alexandrina.
[2] Le Père Umberto Pasquale, deuxième directeur spirituel de la servante de Dieu.
[3] Petite ville sur le littoral, à 4 kilomètres de Póvoa de Varzim et à 17 environ de Balasar. Port de pêche.
[4] Summarium. Déposition du docteur Azevedo.