mercredi 15 février 2017

COMMENT MIEUX CONNAÎTRE ALEXANDRINA

PREMIÈRE LETTRE

R., le 30 mars 2004
anniversaire de la naissance d’Alexandrina

Mon ami,
Tu me demandes, de te parler d’Alexandrina de Balasar ou plus exactement Alexandrina Maria da Costa.
Selon ce que tu me dis, dans ta région vivent bon nombre de portugais dont une grande partie garde une foi intacte et même militante. En les côtoyant, tu aurais, toujours selon toi, entendu parler de cette personne que tu connais mal, car les renseignements que tu as sur elle sont très succincts.
Alexandrina est ce que l’on pourrait appeler “une âme d’exception” ou encore une “âme-victime” dont la mission première a été celle de veiller sur tous les tabernacles du monde, si délaissés par les fidèles qui ont un peu oublié que Jésus s’y trouve Vivant et Vrai.
Mais, mon ami, je dois te prévenir que je ne pourrai pas résumer sa vie en une seule lettre, car sa vie et son parcours spirituel sont exceptionnels : j’ai peur qu’en faisant court, tu n’apprennes pas grand’chose de sa vie et de sa spiritualité, ainsi que de sa mission au sein de l’Église.
Elle est né à Balasar, petit village du nord du Portugal, entre Braga — son diocèse — et Porto, le mercredi 30 mars 1904. Elle fut baptisée le 2 avril suivant qui était samedi saint cette année-là.
Plusieurs faits importants dans la vie d’Alexandrina se sont passés d’ailleurs pendant la semaine sainte…
Mais avant de te parler d’elle je vais rapidement te présenter sa famille : sa mère et sa sœur.

Sa mère

Maria Ana da Costa, jeune femme célibataire, issue d’une famille plutôt aisée, s’était laissée convaincre par un voisin, homme peu scrupuleux, qui lui promettait le mariage mais qui, après lui avoir fait deux enfants — Deolinda et Alexandrina — se maria avec une autre, la laissant seule élever ses deux filles.
Se sentant trompée, Maria Ana prit un autre tournant dans sa vie et est devenue un exemple pour son village. En effet, une conversion complète s’opéra en elle et les villageois l’ont vue dès lors assister non seulement aux messes dominicales mais aussi aux messes quotidiennes. Elle s’est chargée du fleurissement des autels, finissant même par avoir la clef de l’église paroissiale, pour mieux remplir sa tâche.
Ce fut alors qu’elle déménagea de Gresufes, lieu-dit à environ un kilomètre de l’Église et vint habiter un autre lieu-dit, près de l’église et qui porte un nom prédestiné : Calvaire.
Dotée d’un mâle caractère, après avoir assisté à la messe matinale, elle s’en allait dans les champs où de durs travaux l’attendaient ; elle gagnait ainsi son “pain quotidien” et de quoi nourrir ses filles auxquelles elle dispensait une éducation exemplaire, aux dires de ceux qui l’ont connue.

Deolinda

La sœur aînée d’Alexandrina, après sa scolarisation apprit le métier de couturière et confectionnait, pour les gens du village et villages voisins, des chemises, des pantalons et autres habits, ainsi que tous autres genres de travaux inhérents à la couture.
Elle était d’une extrême délicatesse et d’une grande sagesse. Sa vie durant — elle ne s’est jamais mariée — elle s’occupa de sa jeune sœur et devint même plus tard sa “secrétaire”. Le Père Mariano Pinho, premier Directeur spirituel d’Alexandrina — ainsi que de Deolinda — avoua un jour qu’il ne savait laquelle des deux était la plus sainte.

Alexandrina : premières années

Alexandrina et sa sœur, lorsque que l’âge scolaire arriva, ont été envoyées par leur mère dans la ville voisine de Póvoa de Varzim, chez des amis qui les hébergèrent pendant dix-huit mois.
Deolinda qui avait déjà quelques connaissances, y appris à lire et à écrire, et y obtint même son seul diplôme de troisième classe. Quant à Alexandrina, elle n’y appris pas grand’chose, car la nostalgie de sa mère et l’envie de revenir à Balasar finirent par avoir raison de la décision maternelle.
Dès qu’elle eut douze ans, elle accompagna sa mère dans les champs où son courage faisait l’admiration de tous : elle finit même par gagner autant que sa mère, c’est-à-dire autant qu’une grande personne.
Ce fut pendant ces temps de travaux qu’un premier incident eut lieu : elle tomba en bas d’un arbre alors qu’elle coupait des branches pour donner à manger aux vaches du propriétaire. Elle eut très mal et dût rester alitée quelques jours.
Sa mère la plaça ensuite chez un voisin, un homme exécrable et méchant qui jouera un rôle très important et déterminant dans la vie de la jeune fille.
Maria Ana lui imposa quelques obligations, dont celle de laisser Alexandrina assister à la Messe tous les dimanches.
Le cultivateur essaya de respecter cet engagement, mais il était libertin, trop libertin et, un jour, vers la fin de l’après-midi il demanda à Alexandrina de surveiller une paire de bœufs pendant que lui il allait à Póvoa de Varzim, pour une affaire, dit-il. La jeune fille accepta, bien entendu… Mais le temps passait et la peur s’installait… Ce ne fut que très tard dans la nuit que son patron est revenu un peu éméché et la gratifia dès son arrivée de quelques mots moins dignes, dont il avait l’habitude. Il venait de passer une partie de la nuit “en bonne compagnie”.
Alexandrina raconta cela à sa mère qui n’hésita pas une seule seconde à retirer sa fille de chez un homme aussi brutal et mal élevé.
La jeune fille devait avoir alors 13 ou 14 ans.
***
Mon ami, je continuerai mon exposé de cette vie extraordinaire, dans une prochaine lettre.

Ton ami dévoué.

lundi 25 juillet 2016

LA MÈRE D'ALEXANDRINA

Mère célibataire

La mère d'Alexandrina, Maria Ana Costa

Nous venons de lire dans la transcription du certificat de baptême d'Alexandrina Maria, que Maria Ana, sa mère, était célibataire, ce qui mérite quelques explications, bien entendu.
« Le nom de son père — pouvons nous lire dans la déposition de l'un des témoins, lors du procès de béatification — était Antonio Gonçalves Xavier. » [1]

« Celui-ci mena une vie très libre et de ses relations coupables avec Maria Ana da Costa, naquit une fille, Deolinda. Il promit bien de se marier avec la mère de l'enfant, mais quand celle-ci attendait l'accomplissement de cet engagement, lui, il s'en alla au Brésil, afin, disait-il, de gagner l'argent nécessaire pour fonder leur futur foyer », rapporte un autre témoin. [2]

À son retour, de nouveau il promit le mariage et, après de nouvelles relations, une autre fille naquit : Alexandrina Maria. Avant même la naissance de l'enfant, Maria Ana se rendit à Vila do Conde, [3] dans l'intention de passer ensuite à Póvoa de Varzim, afin d'aviser son amant de sa grossesse et solliciter le mariage. Toutefois, lors de sa rencontre avec Saveiro, une certaine demoiselle, une rivale, à qui il avait aussi promis le mariage, vint lui « demander des comptes », sur de soi-disant ragots qui circulaient et qui en disaient long sur la fidélité de cet homme.

« Quelques semaines plus tard — raconte encore le docteur Azevedo — le mariage entre Xavier et cette demoiselle fut célébré. À partir de cette occasion, la vie de Maria Ana changea complètement. Elle était toujours la première à entrer à l'église, le matin. Elle donna même à ses filles, une authentique éducation religieuse. » [4] « Elle s'habilla de noir, se donna une vie de grande prière et se consacra à faire le bien autour d'elle, assistant les malades. Et on peut dire que toutes les personnes qui décédèrent dans le village, furent habillées par ses soins », conclut le Père Pasquale. Celui-ci, grand connaisseur des gens et des mœurs portugaises de ce temps-là, explique encore :

« Je pense qu'il est possible de trouver des circonstances atténuantes à la fréquence des enfants illégitimes, non seulement à cette période, mais aussi dans cette région. En effet, les gens du peuple, ne considéraient pas cela comme un motif de grand scandale. »
« Maria Ana est toute à tous. Elle ne refuse pas de partager le peu de biens dont elle dispose, avec ceux qui ont encore moins qu'elle et, sa générosité finira même par dépasser ses propres moyens et, à son tour, elle aussi aura besoin de l'aide de ses voisins et amis. En effet, s'étant portée caution pour les dettes de l'une de ses sœurs, Maria Ana dut payer celles-ci », comme l'explique le docteur Azevedo et que le Père Pasquale confirme et complète en ces termes: « Elles vécurent une période de grande pauvreté à cause de la générosité de la mère, laquelle prêta de l'argent qui ne lui fut jamais remboursé, ce qui fit qu'elles parvinrent au point de presque tout perdre, y compris leur propre maison... et bien souvent la nourriture leur manqua, ainsi que de quoi se vêtir. »



[1] Docteur Manuel Augusto Dias de Azevedo, médecin traitant d'Alexandrina.
[2] Le Père Umberto Pasquale, deuxième directeur spirituel de la servante de Dieu.
[3] Petite ville sur le littoral, à 4 kilomètres de Póvoa de Varzim et à 17 environ de Balasar. Port de pêche.
[4] Summarium. Déposition du docteur Azevedo.

ALEXANDRINA MARIA DA COSTA

Naissance et premières années

« Je m'appelle Alexandrina Maria da Costa. Je suis née au lieu-dit de Gresufes, paroisse de Balasar, commune de Póvoa de Varzim,[1]district de Porto, le 30 mars 1904, mercredi des cendres. J'ai été baptisée le 2 avril suivant, samedi saint. Mes parrains ont été mon oncle Joaquim da Costa et une dame de Gondifelos[2] qui se prénommait Alexandrina. »[3]


C'est ainsi que commence l’autobiobraphie d'Alexandrina ; un document qu'elle écrivit, à la demande de son deuxième directeur spirituel, le Père Umberto Maria Pasquale, salésien italien. Il est intéressant de remarquer qu’elle est née donc sous le signe de la Passion ; une “Passion” qu’elle vivra plus tard dans son corps et dans son âme.
Si nous consultons le registre des baptêmes de la paroisse de Sainte-Eulalie de Balasar, nous pouvons y lire:

Certificat de baptême

« Le 2 avril 1904, en cette église de la paroisse de Sainte-Eulalie de Balasar, commune de Póvoa de Varzim, archidiocèse de Braga, moi, Manuel Fernandes Sousa Campos, curé, j'ai baptisé un individu du sexe féminin, auquel fut donné le nom d'Alexandrina. Celle-ci est née le 30 mars de l'année en cours et est la fille naturelle de Maria-Ana da Costa, journalière, célibataire, paroissienne, demeurant en cette paroisse, au lieu-dit de Gresufes. Petite-fille maternelle de José Antonio da Costa et de Maria Joaquina Leitão.
Les parrains ont été, Joaquim da Costa, marié, agriculteur et, Alexandrina Rosa Campos, veuve, employée de maison; et, je connais personnellement chacun d’eux. [4]



[1] Ville balnéaire du nord du Portugal, à une trentaine de kilomètres au nord de Porto.
[2] Petit village proche de Balasar.
[3] Journal d'Alexandrina, dans "Cristo Gésu in Alexandrina", p.17, - Postulation - Alba (Italie) 1973. Par la suite, tous les extraits provenant de cet ouvrage, seront indiqués uniquement par: "Journal".
[4] Summarium

mercredi 25 décembre 2013

INTERVIEWE DE NOËL

Interviewe virtuelle


Le deuxième anniversaire de la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie en 1942 venait d’être commémoré ; peu de temps s’était passé après la fête de l’Immaculée Conception.
Alexandrina — l’instrument dont le Seigneur s’était servi pour  cette consécration — était là, couchée sur son lit de douleur, quand je l’ai visitée.
Cela s’est passé le 25 décembre 1944, en fin d’après-midi… il faisait presque nuit, déjà.
Elle semblait dormir, car ses paupières couvraient presque complètement ses yeux noirs. Je me suis approché, tout en faisant attention pour ne pas la réveiller — car j’étais persuadé qu’elle dormait — mais aussitôt ses yeux se sont ouverts, elle me regarda et sourit, un sourire qui met le cœur en fête, un sourire qui nous procure suavité, un sourire qui est doux et d’une tendresse inexplicable…
J’ai voulu m’excuser de venir prendre un peu de son temps, mais elle me fit signe de m’asseoir, tout près de son lit, en même temps qu’elle posait son indicateur sur ses lèvres. J’ai compris qu’elle priait et, sans précipitation, je me suis assis sur la chaise que Deolinda, sa sœur, me proposait.
J’ai longuement regardé Alexandrina et, plus je la regardais, plus mon cœur semblait chevauché, comme s’il voulait dépasser cette âme  simple et pure qui parlait à Dieu ; la dépasser, non pour arriver le premier, pour pour être devant elle et pouvoir ainsi mieux admirer ce visage que les couleurs du Paradis ornaient, ses yeux qui reflétaient la lumière divine, ses lèvres statiques qui  n’avaient pas besoin de se mouvoir pour parler au Seigneur… Combien elle était belle dans cette posture de prière, dans ce colloque avec Jésus ou Marie, je ne sais pas !...
Puis, comme si elle se réveillait d’un songe qui l’aurait ravie, elle me regarda avec tendresse et sourit. De la tête elle fit signe que je pouvais commencer à l’interroger, car elle savait pourquoi je venais.

— Alexandrina, merci d’avoir accepté de me recevoir en ce jour de Noël, jour de fête…

— Les jours de fête sont toujours pour moi d’une profonde tristesse !

Voyant que ses paroles me surprenaient, elle ajouta :

— Je m’efforce toujours pour la consolation de ceux qui m’entourent me montrant joyeuse, mais ma joie n’est que feinte.

J’allais faire un commentaire, mais voyant ses yeux pleins de larmes, je me suis retenu et je n’ai fait aucun commentaire. Avec douceur et beaucoup de tendresse elle m’expliqua :

— Je regarde Jésus, la Petite-Maman, j’élève ma pensée vers  le Ciel et par amour j’accepte tout. C’est par amour que la triste est joie pour moi. Ne regardant pas la terre, je fixe mon regard dans le Ciel, les épines deviennent des roses, la douleur se change en douceur.

Surpris, en entendant ces paradoxes, je n’ai pas résisté et lui ai demandé :

— Mais, la nuit de Noël, la nuit dernière, a été pour vous, je pense, une nuit de joie, une nuit où l’Enfant-Jésus est descendu dans votre cœur.

— À minuit de la nuit de Noël, ne parlant même pas de la nuit dans laquelle mon âme était plongée, des douleurs lancinantes semblaient taillader mon corps. Je ne pleurais pas, mais je gémissais ; Jésus seul sais combien j’ai souffert. J’ai commencé à entendre le feu d’artifice et les cloches sonner, alors j’ai demandé que l’on apporte quelques images de l’Enfant-Jésus. Je les ai placées sur mon cœur : je voulais les réchauffer. La chaleur que je leur ai offerte n’était pas celle que je désirais : je voulais les brûler au feu de mon amour. Je voulais Lui dire beaucoup de choses, mais je ne savais pas que dire. Alors je les ai serrés fort contre mon cœur et j’ai continué à gémir. Je suis certaine que Jésus les a acceptés et qu’il n’est pas resté triste. Nul comme Lui savait combien je souffrais alors ; nul comme Lui savait que même mes gémissements était une prière que je Lui adressais.

— Et cet état a duré toute la nuit ? ai-je demandé un peu étonné et surpris.

— J’ignore les minutes qui se sont écoulés, ce que je sais c’est que je suis passée dans une autre vie et qu’alors j’ai entendu Jésus dans mon cœur.

— À la bonne heure ! En voilà au moins une bonne nouvelle : Jésus est venu vous visiter… Et que vous a dit Jésus ? demandai-je, avec une grande curiosité.

— Je suis né dans la crèche de ton cœur, ma  fille. C’est l’Époux qui vient vers son épouse, c’est le Roi qui visite sa reine. Je suis le Roi du ciel et de la terre. Comme je me sens bien ici, ô reine de l’amour ! La crèche que tu m’offres n’est pas aussi desséchée que celle de Bethléem, elle est mouleuse avec tes vertus. Sur ta crèche je ne sens pas les rigueurs du froid ; je suis réchauffé par l’amour le plus pur et le plus embrasé. Tu es mon étoile, étoile qui guide le monde comme autrefois elle a guidé les Rois Mages sur le chemin de Bethléem. Dis, ma fille, à tous ceux qui prennent soin de toi, à ceux qui te sont chers, qui t’aiment et qui t’entourent, que je leur offre l’abondance de mes grâces, un torrent de mon Amour divin, une place réservée dans mon divin Cœur, avec la promesse du Ciel.

— Et vous avez vu l’Enfant-Jésus, la crèche et Notre Dame et saint Joseph ?
Ma curiosité prenait des airs enfantins… Je me sentais extasié devant autant de simplicité, de  tant d’humilité et de foi…

Alexandrina me répondit :

— Non, je n’ai pas vu l’Enfant-Jésus, mais pendant qu’Il me parlait je voyais près de moi comme un palmier rempli d’anges, des centaines, des milliers d’anges… Beaucoup parmi eux jouaient des instruments et, descendant des cieux, m’entouraient. C’était amusant de voir la vitesse à laquelle ils descendaient. Au milieu d’eux il y avait une grande échelle ; de ses degrés, descendaient vers moi de nombreux rayons dorés. C’était comme des flèches qui pénétraient mon cœur.

Et les yeux noirs d’Alexandrina semblaient encore illuminés par les rayons dont elle parlait : ses yeux brillaient comme si des milliers d’étoiles s’y reflétaient.

— Et pendant tout ce temps Jésus vous a parlé ? ai-je demandé, de plus en plus poussé par ma curiosité.

Elle me regarda et compris que je “buvais” ses paroles, alors elle me dit :

— Jésus me disait :
— Ce sont tes vertus, ce sont les rayons de l’amour divin . Reçois-les, c’est ta vie !

Expliquant ce qu’elle avait vu et ressenti, Alexandrina semblait heureuse, car son sourire était merveilleux. Quant à ses yeux, fixés sur moi, ils semblaient lire ma pensée, découvrir mon âme jusque dans ses plis les plus reculés — ce qui me gênait quelque peu ! — découvrir ma curiosité croissante et, sans que j’ai besoin de lui poser une nouvelle question, elle me dit :

— Ces rayons m’ont fortifiée, ils éclairaient plus que le soleil dans son apogée. J’ai tout vu clairement. Je ne saurais dire combien de temps, mais la vision a été longue. Avec bien du mal j’ai dû en prendre congé, mais, comme quelqu’un qui chemine et regarde en arrière, je montrais que j’aurais bien voulu en bénéficier davantage. J’aimerais continuer à bénéficier de la vision, mais elle s’est arrêtée et moi je suis restée avec ma souffrance.

Quand elle eut terminé de me raconter sa vision, il me sembla voir une larme dans ses yeux, comme si le souvenir de la vision de la nuit de Noël la laissait nostalgique, dans un désir insondable de la revivre…

— Mais, après la nuit vient le jour, dis-je, comme si je voulais la consoler de l’inconsolable. Comment cela s’est passé à l’aurore, quel a été votre réveil d’aujourd’hui, jour de Noël ?

— Le jour a pointé, jour sans lumière et vie sans vie. Toujours désireuse de garder avec la plus grande sûreté le monde à l’intérieur de moi j’ai continué à me montrer joyeuse. Tous les souhaits et toutes les tendresses des personnes que j’aime, je le recevais comme s’ils ne m’étaient pas destinés.

— Alexandrina, je ne vais pas abuser de votre extrême bonté, car il est déjà plus de vingt heures… Cependant, si vous me permettez une dernière question, je vous demanderais quelle appréciation faites-vous de votre Noël 1944 ?

— En terminant cette journée, je me pose cette question : Où ai-je passé ce jour ? Il me semble avoir été morte pour Jésus et pour tous ceux qui m’entourent. J’ai vécu mais je n’ai pas ressenti la vie. J’ai souffert mais ce ne fut pas ma souffrance. Je n’ai pas vécu pour Jésus, je n’ai pas senti que je l’ai aimé.

Je ne sais pas mieux l’expliquer et je ne dis rien de ce qui se passe dans mon âme. Quelle triste vie, vie si mal comprise !.

Voilà comment s’est passé pour Alexandrina le jour de Noël 1944.
*****
Il n’est pas nécessaire d’expliquer, et tous l’auront compris, qu’il s’agit d’une interviewe virtuelle, car je n’ai pas connu personnellement la douce et tendre Alexandrina. En effet, quand elle est décédée je n’avais que 9 ans et nous habitions très loin l’un de l’autre !
Cependant, toutes les réponses qu’elle a données  à cette interviewe virtuelle sont tirées de ses écrits “Sentiments de l’âme” du 25 décembre 1944.

Alphonse Rocha

dimanche 22 septembre 2013

JE ME LIVRE À LA CROIX...

Ma fille, hymne de gloire, d'amour et de réhabilitation



Je sens le besoin d'écrire, mais je ne voudrais rien dire de ce que je ressens dans l'âme. Je le fais par obéissance.
Que de moments tristes m'attendent, qu'elle est grande cette agonie qui s'est emparée de mon âme!  Je sens que tant de rues sont couvertes de mon sang. Je vois tant de révolte et d'indignation. Je suis si humiliée! Mon corps est comme une plaie ouverte. Mon corps est tout couvert du sang que les épines font couler de mon front. Les bras ouverts, je me livre à la croix, je me laisse crucifier. Je ne m'arrête pas de crier:
Père, mon Père, même Toi, Tu m'as abandonnée? Je suis Ta victime, je me donne à Toi pour les âmes.
Oh mon Dieu, si je pouvais choisir, je préférerais l'enfer à cette souffrance e au temps passé dans mes dialogues avec Vous. Oui, mon Jésus, si je me trouvais en enfer, au lieu de Vous parler et Vous à moi, je ne craindrais pas me tromper, ni tromper qui que ce soit, et je ne serais pas persécutée par le monde. C'est l'aversion que j'ai pour l'escroquerie, pour le mensonge; c'est la peur que j'ai de moi-même, et l'appréhension des vendredis. Si elles pouvaient disparaître et si je pouvais disparaître aussi dans Votre amour infini!...
Que vienne la souffrance, que vienne la croix, j'accepterai tout, les bras ouverts; je suis votre victime, Jésus.
De ces souffrances je suis passée à être inondée de lumière, de paix et douceur. Jésus a tardé à me parler, Il m'a laissé jouir pendant longtemps de ce qui lui appartenait. Il m'a parlé par la suite.
— Ma fille, pleine de grâce, de pureté et d'amour; ma fille, riche trésor de ce qui est divin: tu es pleine de grâce, de pureté et d'amour, tu es riche de ce qui est divin, parce que tu as très soigneusement gardé en toi, avec attention, dévouement et amour, ce que tua a reçu du Ciel. Tu as été à la hauteur de la grâce, tu es pleine de grâce.
Ma fille, source divine, source de toute l'humanité: tu es source divine, parce qu'en toi existe tout ce qui est divin. Tu es source de l'humanité, parce qu'elle vient s'abreuver en toi et se purifier; tu es l'eau pure, tu es source de salut.
Ma fille, hymne de gloire, d'amour et de réhabilitation. Si tu pouvais voir la gloire que j'ai reçue, la vassalité et les hommages angéliques qui M'ont été donnés au Ciel pour la réhabilitation tu M'as donnée, pour les âmes que tu as sauvées par la douleur par laquelle tu t'es laissée immoler! Cela a été une année remplie d'amour, une année marquée par le salut.
Ma fille, fleur angélique, douceur de la divine Trinité, douceur de Marie, douceur de tout le royaume céleste: ta souffrance a embelli le ciel, qui est orné par elle qui est écrite avec des lettres d'or et des pierres précieuses.
L'ingratitude et la méchanceté des hommes envers toi et contre Ma divine cause sont aussi écrites. Tu auras une année pleine d'amertumes et aussi remplie de joies, que seule toi tu ressentiras  comme un soleil brillant qui se montre pour se cacher immédiatement derrière les nuages...
Ne crains rien, car ceci est ta vie. C'est la vie source de vie, douleur source d'amour. Ne te préoccupe pas si tu ne vois rien de ce que tu as accompli, de ce que tu as souffert, de ce que tu as aimé. Tu n'as ni souffert, ni donné, aimé pour toi-même, tu M'as tout donné à Moi. Tu ne pourras rien voir en ce monde, tout est passé au royaume du ciel; tout est en possession de ton Roi, ton Époux. Tu le verras lors de ta rencontre éternelle avec Moi.
Subis tout, accepte tout avec joie. Bat de tes petites ailes blanches, tes ailes remplies de blancheur, comme la petite colombe exténuée qui vole loin à la recherche de la nourriture qui donne la vie à ses petits. Tu es la vie des âmes, la mère des pécheurs, la reine du monde, la reine de l'amour.
Ma fille, miroir cristallin où toute l'humanité se verra projetée pour se transformer et te ressembler.
J'ai hâte, j'ai hâte de te voir dans ma Patrie, pour que le monde entier connaisse et prenne exemple de ta vie, ma fille, école sacrée des sciences divines.
Courage, vie qui donnes la vie, douleur qui donnes l'amour. Reçois mon amour divin pour te lever de ton abattement et pour recevoir la vie qui est tienne.
Mon cœur a reçu une infusion d'amour, j'ai senti Son anxiété à me voir au Ciel, et j'ai senti les hommages que les anges présentaient à Jésus en Lui scandant un hymne de grandes louanges et de gratitude.
Oh, ce que cela m'a couté de me séparer de Jésus pour vivre ici.
Comme le Ciel est différent de la terre, l'amour de Jésus de celui des créatures!

(Sentiments de l’âme, 5 janvier 1945)

samedi 23 février 2013

VIVRE DANS LA SOLITUDE D'UN TABERNACLE


MÉDITATION POUR LE CARÊME


Que de fois nous passons devant un salon de thé, d’un bar, ou de tout autre commerce et, croyant avoir reconnu un ami à l’intérieur, nous rebroussons chemin pour venir le saluer! Ceci est très bien, car cette attitude est celle de l’amitié qui doit exister entre les êtres humains.

Malheureusement quand nous nous disons chrétiens et passons devant une église dont les portes sont grand-ouvertes, nous n’entrons pas pour saluer le Seigneur Jésus qui se trouve dans le tabernacle, pour le remercier de sa présence vivante parmi nous et de ne jamais nous abandonner.

Souvenez-vous que même notre ombre nous abandonne dès qu’il n’y a plus de lumière ! Mais, Lui, Jésus, ne nous abandonne jamais, car Il est Lumière, Il est Présence !

Rappelons-nous ces paroles prononcées par Lui:

— “Je retourne vers mon Père, vers mon Dieu et votre Dieu – mais je ne vous laisse pas orphelins – je serai avec vous jusqu’à la consommation des siècles”.

Accomplissant sa promesse Il s’est fait pain blanc, Il est devenu aliment, Il choisit nos cœurs pour sa demeure auprès des hommes et, Il choisit de vivre caché, pauvre, humble, infini et pourtant réduit à une “chose finie” dans la solitude du tabernacle.

Crois-le, mon frère ! Jésus est resté dans l’Hostie sainte pour nous, pour moi, pour toi, pour rester à côté de nous, pour nous soutenir, pour nous guider dans cette mer agitée par les vagues du doute, des problèmes et des désespoirs où nous vivons.

L’amour ne se paie qu’avec l’amour ! Devant tant d’amour, comment est-il possible de ne pas Le visiter dans le tabernacle, même si ce n’est que quelques minutes, pour lui apporter notre salutation et notre amour de fils et de frères ?

Ce Dieu qui un jour assumé notre fragilité humaine (folie de Dieu ? – non, frères, Amour de Dieu !), a décidé de rester dans les tabernacles pour nous alimenter, pour nous fortifier, pour nous diviniser, pour nous soutenir durant notre travail et notre effort. Le Seigneur Jésus est simultanément le semeur, la semence et le fruit : Il est le pain pour cette vie et le Salut pour l’éternité. Patiemment Il attend notre amour, depuis bientôt deux mille ans. Cela fait longtemps, mais en même temps, peu de temps, car là où l’amour habite la notion de temps disparaît !

Frère et ami Jésus, fais-moi germer comme toi !

En cette année de la Foi, aide-moi à aller vers toi, à dialoguer avec toi, vu que tu es présent sous ce pain blanc, afin que j'aie le courage d’être pain blanc et aliment pour mes frères, en leur annonçant ta Parole.

mercredi 10 octobre 2012

LES SIX PREMIERS JEUDIS DU MOIS


Promesse faite à Alexandrina le 25 février 1949 :

Afin que cette dévotion révélée par Jésus à la bienheureuse Alexandrina Maria da Costa, soit bien comprise, il est important de la placer dans le contexte où elle fut reçue. Elle écrivit dans son journal spirituel du 25 février 1949 :

“Hier matin [donc le 24 février], j’ai senti comme si toute la méchanceté du monde se déversait sur moi. Tout était contre moi et moi, j’étais le monde. Cela m’a causé un tel tourment que je ne savais pas comment y résister. Je me suis souvenue que l’ordre de soulagement, imposée par mon Père spirituel ne devait pas avoir lieu.”

Cet ordre du Père Mariano Pinho, visait à la préserver, pendant quelques instants du moins, à des souffrances qui étaient de plus en plus terribles. Et, miracle divin, Jésus obtempérait aux demandes du saint Prêtre. Mais, laissons à Alexandrina le soin de nous raconter la suite :

“Je me suis trompée et je sentais et voyais avec les yeux de l’âme, dans ma poitrine une brebis étalée par terre, prisonnière dans les haies d’épineux. Je cheminais vers le Jardin des Oliviers, et elle restait à l’intérieur de moi. Pendant l’après-midi, tout est disparu, et ma souffrance s’est amenuisée. La nuit venue, je suis revenue à cette même et terrible souffrance. Sur le sol du Jardin des oliviers un autel s’est levé, autel de douleur entouré par tous les martyres. Sur cet autel était, il n’y avait plus une brebis entourée d’épines, mais un agneau très doux qui recevait tout sans donner signe de vie, alors qu’il possédait toute la vie. De cet agneau sortait tout ce qui était bonté, et il brûlait dans de telles flammes que celles-ci embrasaient l’autel et tout le sol du Jardin des Oliviers”.

Cet éclat des flammes, qui embrasent sans consumer, fit comprendre à la simple et humble fille, que cela ne pouvait venir que de Jésus, de l’Époux qu’elle chérissait tant et si tendrement. Le comprenant, elle ne peut pas s’empêcher de le crier dans son âme, car tout se passe dans son plus profond intérieur :

“C’était Jésus, c’était Jésus, j’ai senti que c’était Lui. Oh ! Combien Il aimait, et combien, en retour, Il recevait de malice et d’ingratitude ! À ce moment-là il s’est passé quelque chose qui aggrava beaucoup ma souffrance. Le démon profita de cette occasion pour me tourmenter. Sans même le vouloir, je voyais tout ce qu’il y a de pire ; cela a été pour moi motif d’une grande agonie. Mon Dieu, s’il est possible, éloignez de moi cette souffrance. Cela m’a permis de m’unir à la prière de Jésus. N’éloignez pas de moi Votre Face, ô mon Jésus, ne me laissez pas seule un unique instant, car ce court instant serait suffisant pour que je désespère ! J’ai passé toute ma nuit dans une mer de souffrances.
Au petit matin, dans mon monde, s’est levé le même autel de douleur entouré de haies épineuses et le même petit agneau s’y trouvait, lui aussi. Dans cet état je suis repartir vers le Calvaire. À toutes les atrocités, ce doux agneau répondait avec douceur et amour. Il était en flammes et au travers d’elles, au travers de la blancheur de sa grâce, du Sang tombait en abondance qui arrosait la terre. La fin de la montagne approchait et l’innocent Agneau, restait sur l’autel du sacrifice. Il savait qu’Il allait mourir et avait hâte de donner sa vie. Quel amour ! Quel amour ! Cela ne pouvait être que l’amour d’un Dieu, l’amour de Jésus !
En haut du Calvaire, au lieu d’une croix, resta présent le même autel et le même Agneau entouré de flammes et versant son sang. Plus l’heure du dernier soupir de Jésus approchait, plus la cruauté se déchaînait contre l’Agneau innocent et plus encore les flammes de son amour se répandaient sur tant de malice et d’ingratitude. L’Agneau allait mourir et à ce moment-là, la nuit se changea en jour, la mort se changea en vie, car l’Agneau accueillait toute l’humanité dans son Cœur.
Je n’ai plus vu ni l’autel ni l’Agneau. Je suis restée là, comme si je ne vivais pas. Peu après Jésus est venu, Il a parlé dans mon cœur, comme s’Il me parlait depuis une fenêtre”.

En effet, Jésus va parler à son épouse, à sa bien-aimée et pour cela, Il va lui parler avec amour, mais aussi avec une certaine fermeté. Écoutons ses paroles :

“— Ma fille, Ma fille, victime de Jésus, victime de l’humanité, victime de ta Patrie, de ton Portugal. Ma fille, Ma fille, petite folle de l’Eucharistie, aime-Moi, aime-Moi et fais-Moi aimer. C’est par toi que Je veux être aimé, c’est par toi que Je veux beaucoup de prières et que l’on M’aime. C’est par toi que Je veux être réparé, et par toi que J’exige réparation. Répara pour tant de sacrilèges, pour tant de crimes et d’iniquités. Ta souffrance a atteint son comble. Je pourrais dire que Mon divin amour envers toi a lui aussi atteint son comble, non pas que Mon amour ait des limites, mais parce que Je t’aime avec l’amour dont peut être aimée une créature humaine ; Je t’aime à la folie.”

Et c’est là que se place cette promesse incroyable dont nous ne pouvons deviner la portée, mais comprenons toute son importance, toute sa force, toute sa puissance d’amour. Jésus continue sa conversation avec Alexandrina et lui dit :

“— Ma fille, mon épouse bien-aimée, fais que Je sois aimé, consolé et réparé dans mon Eucharistie. Annonce ceci en Mon Nom :
Tous ceux qui communieront respectueusement, avec une sincère humilité, ferveur et amour les six premiers jeudis de cinq mois consécutifs et feront une heure d'adoration, restant intimement unis à Moi, devant Mon Tabernacle, Je leurs promets le Ciel.
C'est pour honorer par l'Eucharistie Mes saintes Plaies, honorant en premier lieu celle de Ma sacrée épaule, si oubliée.
Ceux qui le feront, ceux qui, à Mes saintes Plaies ajouteront celles de Ma Mère Bénie et en leur nom nous demanderont des grâces, qu'elles soient spirituelles ou corporelles, Je les leur accorderai, à moins que les grâces demandées soient nuisibles à leurs âmes.
Au moment de la mort, Je prendrai Ma Très-Sainte Mère avec Moi, pour le défendre”.

Cette déclaration inespérée et inattendue, attendrit le cœur d’Alexandrina, car elle était la “gardienne de l’humanité pécheresse”. Alors son cœur parla pour elle :

“— Ô mon Dieu, comme Vous êtes bon, combien est infinie et sans limites votre miséricorde ! Permettez que tous communient respectueusement, dans les dispositions requises afin tous se rendent dignes pour recevoir vos divines promesses. Accordez-moi, mon Jésus, à moi aussi la même grâce”.

Le colloque se prolongea encore pour un petit moment, mais l’essentiel concernant cette divine et formidable promesse est là.
Méditons avec des cœurs d’enfants ce don qui nous est donné gratuitement et faisons tout ce que nous pouvons pour suivre les conseils du Seigneur et être dignes de bénéficier de sa divine miséricorde.
Alphonse Rocha